Les propos liminaires de la conférence de presse du 13/10/2017 du Pdt du FPI.

Les dernières révélations du journal en ligne Médiapart démontrent ce que les uns et les autres ont toujours pensé, à commencer par le FPI, lui-même, à savoir que la détention du président Laurent Gbagbo à la Cpi obéit davantage à des considérations politiques qu’à des accusations de crime contre l’humanité ou de crime de guerre.

Mediapart est venu apporter des éléments probants, des faits concrets et matériels.

Depuis le jeudi 06 octobre, Mediapart a apporté un certain nombre d’éléments qui prouvent que l’arrestation et la détention du président Laurent Gbagbo résultent d’un montage politique, d’une action concertée entre des acteurs politiques ivoiriens et internationaux ; et que son maintien en détention est juridiquement injustifié. L’action concertée dont Mediapart parle est une doctrine de la CPI et disqualifie tout ce qui est en train de se faire actuellement.

L’action concertée signifie qu’on avait programmé à l’avance l’arrestation et la détention du président Gbagbo à la Cpi, sans même avoir au préalable des preuves, des faits matériels de sa responsabilité dans les crimes dont on l’accuse.

Les preuves du complot politique sont abondantes. Mediapart a réuni près de 4000 documents de toutes natures. Mediarpart est une organisation qui ne parle pas à la légère, mais sur la base d’éléments concrets, matériels, de correspondances diplomatiques, d’écoutes téléphoniques, de documents qui ont été collectés au niveau de la Cpi. La Cour ne remet pas en cause l’authenticité des documents. Tout ce qu’elle a eu à dire, c’est que ces documents ont été collectés frauduleusement.

Manifestement, le procureur de la Cpi de l’époque, M. Ocampo, était dans un deal avec M. Sarkozy et avec M. Alassane Ouattara pour que le président Gbagbo soit transféré à la CPI, alors même qu’aucun fait matériel ne prouvait la responsabilité du président Laurent Gbagbo dans les faits qui lui seront reprochés par la suite.

Ce n’est que plus tard que M. Ocampo engagera une enquête pour déterminer s’il y a eu commission de crime passible de poursuite devant la Cpi alors que le président Gbagbo était déjà en détention à Korhogo.

Cette façon de faire constitue un viol de la procédure judiciaire. C’est ce que la théorie juridique de la Cpi appelle « abus de procédure ». Lorsqu’il y a abus de procédure, il faut mettre fin à la procédure. Je voudrais vous donner la définition de l’abus de procédure : « C’est un principe associé à l’administration de la justice et il est qualifié de doctrine en raison de la large adhésion qu’il suscite. Forgé par la jurisprudence anglaise, il constitue une particularité de la Common Law et adopté dans nombre de pays où celle-ci a été appliquée. Une juridiction a le pouvoir de mettre fin à une procédure judiciaire, à son commencement, et moins fréquemment, durant celle-ci, en se déclarant incompétente pour connaitre d’une affaire, parce qu’agir autrement, serait indigne d’une bonne administration de la justice. Le terme procédure s’entend ici du processus judiciaire visant à rendre justice dans l’affaire portée devant la juridiction. Le terme abus signifie qu’il y a eu compromission du processus judiciaire, comme le prouve certains faits et circonstances de telles sortes que l’invocation de la compétence d’une juridiction constituerait un mauvais usage de l’objectif qu’elle est sensée servir ou reviendrait à l’utiliser à d’autres fins que celles pour lesquelles elle a été établi ».

Cela veut dire que si la CPI continue de poursuivre le président Laurent Gbagbo, elle se fait complice du complot politique qui a été ourdi contre le président Gbagbo. Donc la CPI a le devoir de se dessaisir de ce dossier, de ne pas se faire instrumentaliser par des hommes politiques pour neutraliser un adversaire politique. Voilà la doctrine de l’« abus de procédure ». Si les poursuites qui sont engagées par le procureur obéissent à des motivations politiques, la Cpi a l’obligation, a le devoir de se déclarer incompétente. Dans le cas d’espèce, tout le prouve. La manière dont le président Laurent Gbagbo a été arrêté, détenu, et transféré à la CPI et les correspondances, les rapports qui se sont établis entre les autorités ivoiriennes, le procureur de la CPI et Monsieur Sarkozy, la corruption qui a entouré cette affaire, disqualifie la procédure actuelle, et doit obliger la CPI à procéder à la libération pure et simple du président Laurent Gbagbo. D’autant que le déroulement du procès, lui-même, apporte d’autres éléments militants en faveur de la libération du président Laurent Gbagbo. D’abord la confirmation des charges. A ce stade, on a noté qu’il y avait problème. La Cour a dû demander au procureur de revoir sa copie, parce qu’il n’y avait pas suffisamment d’éléments donnant à penser que le président Gbagbo pourrait être poursuivi pour un certain nombre de crimes. Il lui a fallu un an d’enquêtes complémentaires. Malgré ce délai, les juges n’ont pas été unanimes pour confirmer les charges contre le président Gbagbo. Depuis l’ouverture du procès, à quoi assistons-nous ? Aucun témoignage digne de considération. A telle enseigne que le procès apparait comme une véritable mascarade qui n’honore ni la Cpi, ni la justice, encore moins la Côte d’Ivoire. C’est pour cela qu’il faut y mettre fin. Juridiquement il n’y a pas de raison de poursuivre ce procès. La procédure a été viciée, les témoignages n’apportent rien de concret en ce qui concerne la responsabilité du président Laurent Gbagbo dans tout ce qui s’est passé. Politiquement c’est une entreprise contre-productive. On ne voit pas ce que la Côte d’Ivoire y gagne en termes de cohésion nationale, de restauration de la démocratie et de renaissance du pays. Au contraire, ce procès entretient les meurtrissures, les frustrations et la division du pays.

Pour toutes ces raisons, il faut changer de paradigme. Il faut conclure que le plan commun Ouattara-Sarkozy- Ocampo a échoué. Il a échoué sur le plan judiciaire : il n’a pas permis de conclure à la responsabilité du président Gbagbo. Il a échoué sur le plan politique : le pays est toujours divisé, la réconciliation nationale est en panne, la justice est caporalisée, les institutions sont toutes détruites, nous n’avons pas d’armée, nous n’avons pas d’administrations, nous n’avons pas de justice. La pauvreté est le seul bien que partage l’ensemble des Ivoiriens.

Pire, à cause de cette situation, la guéguerre au sommet de l’Etat hypothèque l’avenir, jette un gros nuage sur l’avenir de la Côte d’Ivoire et en particulier sur l’élection présidentielle de 2020. Donc il faut changer de paradigme. Il faut tout reprendre à zéro. Si nous voulons que la Côte d’Ivoire sorte de l’instabilité, qu’elle se projette sur une trajectoire de paix, de stabilité, de démocratie et de prospérité, il faut changer de paradigme. Il faut conclure que tout ce qui a été entrepris depuis 2011, a échoué. L’avenir de la Côte d’Ivoire est plus qu’incertain. Les risques de déflagrations, de chaos sont immenses.

Nous ne pouvons pas rester là, à regarder le pays s’enfoncer dans une nouvelle crise et se diriger tout droit vers le chaos. C’est pourquoi il faut changer de paradigme et reprendre tout à zéro, faire de la réconciliation nationale le moteur de la renaissance de la Côte d’Ivoire. Et pour cela, avoir le courage de libérer tous les prisonniers politiques, à commencer par le président Laurent Gbagbo et engager un dialogue national franc et sincère avec toutes les entités représentatives de la Nation ivoirienne ; c’est ce que nous avons appelé les Etats généraux de la République (Egr), pour opérer la renaissance du pays et préparer, dans les conditions de sécurité, de paix et de stabilité, les échéances politiques à venir ; en particulier l’élection présidentielle de 2020. C’est ce qui s’impose à nous aujourd’hui, en Côte d’Ivoire. Dans ce cadre, le Fpi a un rôle important à jouer parce qu’il est la force politique de l’espérance, la seule force capable de permettre à la Côte d’Ivoire, de rebondir, de ne pas sombrer. Il faut que nous en soyons conscients. La seule force qui peut permettre au président Gbagbo de retrouver la liberté, c’est le Fpi. La seule force qui peut permettre la libération de tous nos frères et sœurs qui sont en prison en Côte d’Ivoire et le retour de tous ceux qui sont en exil, c’est le Fpi. Pas autre chose. La solution ne tombera pas du ciel. Il faut une force motrice. Cette force motrice, pour l’avenir de la Côte d’Ivoire, c’est le Fpi.

C’est pourquoi le Fpi doit faire de son unité, la voie stratégique, la condition sine qua non, le kérozène, le moteur de la renaissance de notre pays. C’est pourquoi depuis toujours nous avons appelé nos camarades à l’unité. La division est un virus. L’unité sera le kérozène. Nous les appelons encore une fois à ce que nous nous retrouvons : il y a un temps pour les palabres, mais il y a un temps pour l’unité et pour l’action.

Aujourd’hui, du plus profond de la Côte d’Ivoire, jusqu’à la capitale, tous les Ivoiriens, toutes tendances politiques confondues, souhaitent que le Fpi puisse incarner cette espérance et attendent avec impatience l’unité du parti. Nous ne devons pas nous dérober. Celui qui aime Laurent Gbagbo et qui veut sa libération ne peut pas être hostile, ne peut pas être opposé à l’unité du parti. Celui qui s’oppose à l’unité du parti, s’oppose à la libération de Gbagbo, s’oppose à la renaissance de la Côte d’Ivoire. Or nous disons tous que nous aimons la Côte d’Ivoire et que nous nous battons pour la Côte d’Ivoire, que nous faisons la politique pour la Côte d’Ivoire. Nous tous, nous nous revendiquons de Gbagbo. Et certains même, disent : « Gbagbo ou rien ». Si on est « Gbagbo ou rien », on doit être pour l’unité du parti. Parce que c’est l’unité du parti qui permettra à Gbagbo de retrouver la liberté. L’expérience que nous avons vécue l’indique.

Nous devons donc nous retrouver. Et je voudrais dire merci à toutes les forces vives, à tous les cadres du parti qui sont engagés depuis plusieurs semaines dans ce combat pour l’unité du parti. En particulier, les jeunes. Ceux qui sont sur les réseaux sociaux. Beaucoup d’entre eux, d’ailleurs, ont été des acteurs majeurs de la division. Aujourd’hui, la grande majorité de ces jeunes sont engagés dans le projet pour l’unité du parti. Je souhaite que leurs actions rejaillissent sur l’ensemble des cadres. Je souhaite que nous acceptions, nous intégrions, que nous puissions donner une suite favorable au message que le président Gbagbo nous adresse depuis plusieurs mois. Nous tous nous le savons ! Quand nous écoutons les uns et les autres, nous savons qu’à l’heure actuelle, le principe de l’unité ne se pose pas. Pratiquement, tout le monde est favorable à l’unité. Mais certains camarades sont encore gênés par l’histoire ressente de la crise, par les positions que les uns et les autres ont pu prendre, par les perspectives d’avenir : quelle place chacun d’entre nous va occuper dans le cadre de ce nouveau projet pour l’unité ? Quel sentiment telle ou telle personne peut nourrir vis-à-vis de nous, par rapport à tout ce que nous avons pu dire à un moment ou un autre ? Je voudrais les rassurer pour dire que l’unité n’est pas la juxtaposition de personnes qui se sont affrontées à un certain moment sur un certain nombre de questions.

L’unité doit être la communion de tous les militants, une osmose entre tous ceux qui ont eu, hier, des positions contraires. L’unité c’est l’oubli des offenses. L’unité c’est la participation de tous en fonction de la compétence de chacun, sans considération des positions qu’on a pu prendre, il y a quelques semaines. Et que personnellement, je me considère comme garant de cette unité, garant de cette osmose. Parce que ma position sera un indicateur. Personnellement, je ne souhaite pas une unité de façade. Mais une unité sincère où nous avons oublié tout ce que nous avons pu nous dire. Parce que l’intérêt de la Côte d’Ivoire le commande, parce que la libération du président Laurent Gbagbo l’exige. Pour cela, nous ne devons pas faire preuve d’hypocrisie. Ce n’est pas une unité dans l’hypocrisie, mais une unité dans la sincérité, dans la franchise, dans la fraternité, dans la camaraderie. C’est cette unité seule qui nous permettra de vaincre les adversités qui se dressent devant nous.

Donc, que nos camarades ne soient pas gênés par tout ce qui s’est passé il y a quelques mois. Mais qu’ils sachent que leurs frères et sœurs les attendent les bras ouverts, le cœur blanc, déterminés à faire en sorte que nous puissions revivre entre nous comme par le passé et qu’unis nous puissions permettre au Fpi d’accéder au pouvoir en 2020.

En attendant 2020, nous avons à mener une offensive politique et diplomatique pour la libération du président Laurent Gbagbo. Nous ne ferons pas l’unité pour nous asseoir. Nous ferons l’unité pour nous battre, pour lutter pour la libération du président Gbagbo. Et la lutte, à l’heure actuelle, est surtout politique et diplomatique. La détention du président Gbagbo est une opération politique. C’est par la politique que nous mettrons fin à cette situation. Si nous sommes unis, que nous parlons d’une même voix, notre voix sera forte. Notre voix sera forte à la Cedeao, en direction de l’Union africaine (Ua), en direction de l’Onu pour expliquer que la détention du président Gbagbo est un problème, à la fois juridique et politique. Juridique pour la communauté internationale, juridique pour la Cpi, politique pour la renaissance de la Côte d’Ivoire, et qu’il faut que cette institution qui veut la paix en Côte d’Ivoire, qui veut la stabilité de la Côte d’Ivoire, s’implique et fasse en sorte que le président Laurent Gbagbo soit libéré.

Mais surtout en Côte d’Ivoire aussi, nous avons un message à l’endroit de tous les acteurs politiques et sociaux. Ce message, nous ne pouvons pas l’adresser divisés. Il perdrait de son impact, de ses effets, de sa force. Mais si nous sommes unis, ce message sera plus fort afin le peuple ivoirien se mobilise. La libération du président Laurent Gbagbo n’est pas la liberté d’un homme. C’est la libération de tout un pays, c’est l’apaisement de millions d’Ivoiriens choqués, traumatisés par tout ce qui s’est passé et qui se passe depuis 2011. C’est la renaissance de la Côte d’Ivoire. Et au nom de cet impératif, chaque Ivoirien doit se sentir concerné. Qu’on soit militant du Rdr, du Pdci ou du Fpi, qu’on soit de la société civile ou d’un parti politique, chacun d’entre nous doit être concerné. C’est pourquoi nous devons appeler tous nos compatriotes à comprendre que pour cette cause, nous devons sortir de nos garages politiques partisans pour regarder en face avec réalisme la situation et l’avenir politique de notre pays. La cohésion nationale, l’unité de la Côte d’Ivoire, doit nous guider en cet instant précis. Nous avons, pendant plusieurs années, rusé avec cet impératif. Nous avons cru qu’en manœuvrant, en opposant tel à tel autre, nous allons pouvoir sortir la Côte d’Ivoire de l’impasse. Mais la réalité aujourd’hui et la pauvreté que nous vivons tous, les difficultés que nous rencontrons tous doivent nous amener à comprendre qu’il y a un temps pour les luttes fratricides, mais qu’il y a un temps pour l’unité nationale. Et que l’unité nationale doit se faire de façons inclusives avec la participation de tous. C’est pour cela que nous devons être fort au Fpi pour porter ce message en direction de tous nos frères et sœurs de Côte d’Ivoire, de tous les acteurs internationaux afin qu’ils aident la Côte d’Ivoire à retrouver la voie de la paix, de la stabilité et de la démocratie. Les seules voies de la prospérité

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