Cher Alafé Wakili,
Dans la parution de ‘’l’Intelligent d’Abidjan’’ de ce samedi 17 juin 2017, en t’emparant de la grande question à double volet, de savoir, d’une part, si une amnistie générale peut aujourd’hui, en Côte d’Ivoire , aider à la réconciliation, et si, d’autre part, la libération immédiate de Gbagbo de la prison de la CPI en Hollande ne pourrait pas constituer une menace pour la paix sociale de notre pays , tu as eu le génie d’ouvrir un débat qui nous paraît autrement fondamental pour la Côte d’Ivoire et les Ivoiriens que les interminables spéculations sur la Présidence de 2020 nées depuis 2014 à Daoukro et qui ne cessent de gagner en vigueur tous les jours.
Les deux leaders d’opinion et lanceurs d’alerte que sont la star de la scène internationale Alpha Blondy et le journaliste écrivain Venance Konan ne sont plus à présenter, et à première vue, ont bien assuré chacun dans sa partition .
A preuve les grandes joutes qui font fureur sur les réseaux sociaux et montent en puissance ; laissons-les donc se poursuivre, et même forcement partisan et passionné comme tout Ivoirien sur ce sujet, efforçons nous d’ouvrir une fenêtre aussi réaliste et pragmatique que possible sur ce débat.

A- ALPHA BLONDY ET L’AMNISTIE :
La Côte d’Ivoire connaît et vit Seydou Koné alias Alpha Blondy depuis des lustres, et elle sait que son intelligence et son génie sont aussi créatifs en musique et poésie qu’ils lui donnent un œil aussi perçant que froidement attentif sur notre société.
C’est le rendu de ce second charisme qui lui a valu et vaudra souvent de froisser nos à priori et petits conforts intellectuels.
Ainsi, mon cher Alafé Wakili, admettons ensemble que Alpha Blondy ne doit avoir que peu de son temps à consacrer aux déclinaisons de l’équitation « amnistie= impunité » à laquelle se nourrissent beaucoup de nos responsables et concitoyens.

Seydou Koné/ Alpha Blondy, qui a sur notre société un regard blasé auquel rien n’échappe, a pris le problème de la réconciliation en Côte d’Ivoire par le simple sillon du gros bon sens.
En effet, comme la grande majorité des Ivoiriens, il se pose la question de savoir quand est que nous allons réellement assister au jugement des contrevenants des deux camps ?
Est-il raisonnable d’espérer voir à la barre, un jour, aussi bien à la Haye qu’à Abidjan, des anciens responsables des Forces Nouvelles connus pour avoir présidé aux horreurs commises en septembre 2002 et par la suite, contre des gendarmes et des populations civiles innocentes à Korhogo, Bouake, ou Sakassou ? Pourquoi le blackout sur le rapport de la CDVR ?
Même de doux rêveurs es légalisme, qui auraient pu s’en gargariser l’esprit, ont dû se raviser et revenir à la raison après les 4 ou 5 mutineries qui viennent de secouer le pays depuis le début de l’année 2017.
Car imagine-t-on les 8400 derniers spadassins qui ont manifesté par le feu de leurs armes et fait plier le pouvoir d’Etat, à la surprise et à l’indignation générale, admettre que l’un de leurs chefs ou même collègues puisse être traduit en justice ?
L’Armée Nationale, envoyée pour les mater et les amener à la raison, n’a-t-elle pas elle-même “su s’envoyer “ en se tenant à distance de sécurité prudente ?
Alpha Blondy nous invite tout simplement à l’humilité et au réalisme pour que nous adhérions tous au principe d’amnistie qui n’est que l’équivalent de la très fameuse saine appréciation du contexte, des données et des rapports de force, précepte de sagesse qui fait office de legs politique en notre pays.
Dans une cour d’école, lorsque les maitres savent qu’ils ne peuvent pas sanctionner tous les trublions, ils ne sanctionnent personne, car la règle de droit est par essence générale et impersonnelle, fondement de base de toute justice.

Ne demandons pas au chef de l’Etat de faire plus que ce qu’il peut dans la situation très spécifique qui est la sienne.
Manifestons-lui notre compréhension et notre soutien en lui recommandant tous, et sans discontinuer, cette amnistie libératrice et régénératrice dont il a lui-même tant besoin.

Oui, Président Alassane Ouattara, veuillez accepter cette amnistie que de nombreux députés, porte-voix incontestés de la représentation nationale, vous ont déjà proposée !
Oui, Président Alassane Ouattara, Alpha Blondy aime la Cote d’Ivoire !

B- VENANCE KONAN POUR DES GEOLES ETERNELLES ?
Pour ce qui est de Venance Konan, le fait que le quotidien ‘’ le Jour Plus’’, daté du jeudi 15 Juin 2017, qui consacrait sa une à cette interview, ait été introuvable, traduit déjà le malaise généralisé que ses propos ont dû produire. Il est donc évident que, très tôt, des esprits avisés ont pris la véritable mesure de cette sortie dérangeante et ont sûrement investi en peine et moyens, pour retirer cette feuille des kiosques et en diluer l’impact.
Car, en effet, si Venance Konan, l’un des intellectuels et hommes de médias les plus en vue en Côte d’Ivoire et même en Afrique Francophone, a pu réellement émettre un tel avis, c’est qu’il y a lieu de reprendre à zéro et recadrer la problématique de la détention de Gbagbo Laurent à la CPI, de 2011 à 2017.
Marquons tous une pause pour interpeller tous ceux que leurs fonctions ou tâches au quotidien, dans la communication, imposent de combattre politiquement Laurent Gbagbo, l’ex rival de l’actuel chef de l’Etat, Alassane Ouattara, aux élections présidentielles d’Octobre et Décembre 2010.
Le CAS ou l’affaire CPI contre Laurent Gbagbo ne se présente plus du tout en 2017 comme l’on pouvait le classer en 2011, à la sortie de la guerre civile ivoirienne baptisée crise poste électorale.
Comment a évolué l’affaire CPI contre Laurent Gbagbo de 2011 à 2017 ?

A/ le déroulé du processus juridique, a vu arriver à la barre le 17e témoin de l’accusation, sans qu’il soit établi, de manière incontestable, dans l’esprit des millions de téléspectateurs qui suivent ce procès de par les 5 continents, que l’accusé est effectivement coupable des actes gravissimes qui lui sont reprochés.
Cela amène chacun, surtout dans la grande majorité de ces personnes qui sont négro africaines ou afro-américaines, à vivre difficilement la suspicion de rapport de force et voie de fait à coloration coloniale qui en naît, consécutivement au fait que c’est la France, ancienne puissance coloniale, qui a mis son armée en branle, en renfort à l’ONUCI, pour mettre un terme aux hostilités.
La demande de mise en liberté conditionnelle venant d’être rejetée pour la onzième fois, depuis près de six ans,
-Chose qui est illégale selon le règlement même de la CPI-, il en est né un immense sentiment de sympathie et de solidarité en faveur de Laurent Gbagbo.
Ce phénomène ne donne pas de place à l’analyse, ni au droit, mais ne se nourrit que d’indignation, de colère et de passion.
Et, puisque, dans le même temps, le pays va mal à tous les niveaux, Le paradoxe est que désormais les Ivoiriens ne supportent leur condition pénible qu’en se référant à Gbagbo, l’ancien Chef de l’Etat dont ils ne retiennent plus aujourd’hui que le fait d’être des leurs, et d’avoir toujours su le manifester à leurs côtés.
C’est désormais un fait social installé en Côte d’Ivoire, et dont tout homme public doit désormais tenir compte.
Même si Venance Konan pouvait avoir raison, il est d’office hors-jeu, sinon disqualifié, pour les Ivoiriens !
Qu’il le retienne !

C/ QUEL APPEL POUR DEMAIN ?
Aujourd’hui, en Côte d’Ivoire, avec le délai de grâce de trois ans dont le pays bénéficie avant les prochaines consultations électorales, pourquoi ne devrions-nous pas tous rêver, à avancer en réconciliation, en retour à la paix et à l’amour bien partagé, au lieu de nous arcbouter sur nos lignes partisanes aussi immuables qu’improductives en bonheur et fraternité ?
Pourquoi ne pas nous dire que nous disposons de trois années, de 36 mois et de plus de 1000 jours, pour nous libérer l’esprit et la conscience des liens qui nous ont fait plier genou et échine devant nos grandes chapelles politiques, hélas bâties sur les fondations de la région, de la région, de l’ethnie ou du culte du leader providentiel ?

Et si, pour un tant soit peu favoriser ou accélérer ce mouvement, il nous fallait tous militer, activement et à visage découvert pour la libération de tous les détenus politiques, pour le retour en toute quiétude et confiance de tous les exilés, pourquoi devrions-nous nous soustraire à cela ? En quoi serions puérils ou ridicules, et que ou qui trahirions nous ?

Pourquoi, enfin, le PDCI et les partis encore affiliés au RHDP ne pourraient-ils pas publiquement interpeller leur partenaire en pouvoir et responsabilité d’Etat qu’est Alassane Ouattara, Président du RDR, sur cet entêtement à refuser de vider les prisons, et donc à ouvrir le chemin du retour aux exilés ?
Le Président du PDCI, Konan Bédié, ne pourrait-il pas s’investir dans une telle mission, d’envergure et d’intérêt national, et de toute évidence fidèle à la vision de Houphouët Boigny dont il est le produit, et de reporter à plus tard les chantiers pharaoniques et permanents de détricotage et de chirurgie reconstructive des structures du PDCI qui semblent l’occuper à plein temps ?
Et, quid de nos amis et frères les cadres du RDR, qui sont d’abord également Ivoiriens avant tout ?
Pourquoi est-ce que l’exercice du pouvoir par Alassane Ouattara devrait imposer en permanence des prisonniers politiques, en Côte d’Ivoire et à la Haye, et des milliers d’exilés ?
Que se passera-t-il donc si, le Tout Puissant lui donnant une bonne santé, et le Malin ravivant ses appétits de pouvoir, il décidait de compétir à la Présidentielle pour 2020 à 2030 ?
Peut-on croire que les choses resteraient en l’état, et la Côte d’Ivoire dans les mêmes douleurs et frustrations ?

Notre appel va bien entendu également vers l’Assemblée Nationale, le Conseil Economique, l’ensemble des autorités traditionnelles et religieuses, toute la classe politique et la société civile, les mairies et les régions …oui, il faut oser parler au Président Ouattara et lui demander d’instruire la Côte d’Ivoire sur ce qui fonde son refus entêté de tourner la page et de décrisper, soit alors de faire le geste attendu de tous…

Il ne faut plus entrer dans la démarche maligne de prévoir ou anticiper ce qui se passerait si Gbagbo était libéré.
Il faut tout simplement se dire qu’en tant qu’être humain et citoyen, le droit lui accorde la liberté sous condition, après plus de 5 années de détention, et dans l’attente d’un jugement qui pourrait prendre encore plus de temps ;
Il en va de même pour tous les autres détenus politiques.
Sinon, ce serait reconnaitre et admettre que la Côte d’Ivoire entière est otage des phobies d’un homme, d’un seul homme.

C’est en ce sens que les communicateurs du Prince, ceux qui sont investis de porter sa parole, et dont les capacités intrinsèques sont depuis toujours connues de tous, devraient immédiatement travailler.
Avoir d’autre soucis ne sert ni leur maitre, ni la Cote d’Ivoire, que nous demandons à l’Eternel de bénir en abondance

Le Président du MFA
Kobena I. Anaky

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