Malheur aux parents qui auront leurs enfants affectés en classe de 6ème ou orientés en classe de seconde dans les établissements privés. 3000 FCFA constituent les frais d’inscription à payer en ligne pour tous ceux qui sont affectés ou orientés dans ces établissements. C’est la seule grâce qui vous attend, parce que cela représente la moitié de ce qui est payé dans les établissements publics, c’est-à-dire 6000 FCFA. En effet, à une certaine époque, l’Etat s’est avéré incapable d’honorer ses engagements vis-à-vis des établissements privés. Face à cette situation, les responsables de ces structures n’ont trouvé d’autres solutions que celles d’augmenter les frais de scolarité. Ainsi, il appartenait désormais aux parents d’élèves, qui n’ont pas demandé pour certains d’affecter ou d’orienter leurs progénitures dans ces structures, de payer la différence. Par exemple, pour la scolarité d’une classe de 6ème qui coûte 300 000 FCFA dans un établissement privé, le parent d’élève doit payer 180 000 FCFA à l’inscription et l’Etat verse 120 000 FCFA. Pour la classe de seconde où l’Etat paye 140 000 FCFA, sur une scolarité de 350 000 FCFA, le parent d’élève doit débourser 210 000 FCFA. Ces sommes peuvent atteindre des montants faramineux pour des frais de scolarité plus élevés et peuvent même être l’équivalent de ce que paye un élève non affecté qui obtiendrait une réduction. L’affecté devient une denrée recherchée pour ces établissements privés. L’Etat et les parents payent pour le même élève. Comment comprendre que dans une République, deux enfants puissent avoir des traitements différents selon qu’on soit dans le privé ou dans le public ? Le rôle d’un Etat est de donner l’éducation à tous les enfants dans les mêmes conditions.

*Il appartient à cet Etat de trouver les solutions pour construire des écoles afin de respecter cet engagement. Ne pouvant pas le faire, il doit alors pouvoir se donner les moyens pour mettre tout le monde sur le même pied d’égalité, quel que soit le lieu qu’il aura choisi pour accomplir cette mission. Il ne doit pas oublier l’autorité qu’il représente.Car imaginez, ceux des parents d’élèves qui n’ont pas les moyens pour payer ces sommes et qui n’ont aucune relation pour faire réaffecter leurs enfants dans le public. Il est évident que ces enfants resteront à la maison puisque selon les règles établies par l’éducation nationale, il ne peut pas avoir de réorientation ou de réaffectation du privé au public. Seules sont admises, les réaffectations ou réorientations de public à public ou de privé à privé. Le paradoxe, lorsque, dans certains établissements les frais de scolarité sont supérieurs à la subvention de l’Etat, la différence n’est pas reversée à l’état. Face à cette injustice, le gouvernement est atteint d’une cécité indescriptible et reste muet comme une carpe. Toute chose qui frise la complicité tacite. Les organisations des parents d’élèves sont totalement absentes sur le sujet, préoccupées à récupérer l’argent des COGES pour les dilapider par la suite. Que dire des organisations de consommateurs qui ignorent totalement la question. Tout est fait comme-ci, tous, se sont passé le message pour ne rien dire et ne rien faire. La grande majorité reste silencieuse et les gouvernants leur font croire que l’Etat fait déjà trop pour elle. Nous le comprenons aisément, dans la mesure où la plupart des fondateurs d’écoles se retrouvent parfois dans nos administrations publiques. Mieux, parmi eux, certains sont aux postes où se prennent les décisions sur ces questions. Evidemment, il ne faudra pas compter sur eux pour une telle prise de conscience! Alors, bonjour donc les conflits d’intérêts. Pourquoi, ne pas regarder du côté des propositions faites par la Banque mondiale, qui suggérait à travers son étude réalisée sur l’école ivoirienne de mettre à la disposition des parents d’élèves les frais de scolarité ? Ceux-ci auront la responsabilité de payer ces frais directement aux établissements privés. Cela pourrait arranger tous les acteurs. A commencer par les fondateurs et l’Etat lui-même parce qu’il pourra contrôler les montants décaissés et éviter les fraudes et la corruption qui affectent énormément ce secteur. Les fondateurs auront de la liquidité pour leur fonds de roulement et n’attendraient plus des années pour être payés par l’Etat.Cela va faire baisser le coût élevé des frais de scolarité pratiqué dans leurs structures. D’ailleurs, n’y a-t-il pas lieu de penser à harmoniser ces frais de scolarité dans le privé étant donné que l’Etat le fait en versant une somme unique pour tous les orientés ou affectés quel que soit l’établissement ? Par ailleurs, dans le secondaire, selon les statistiques fournies par le ministère de l’Education nationale, pour l’exercice 2014-2015, 756 680 élèves sont dans le privé soit 51% contre 722 325 dans le public soit 49%. Le constat est vraiment alarmant. Pouvons-nous continuer ainsi notre politique éducative ? N’y-a-t-il pas lieu de commencer à penser autrement ?

En prenant une moyenne de 110 000 FCFA comme scolarité, c’est 83 234 800 000 FCFA que l’Etat a dû verser à ces établissements. Pour la rentrée scolaire 2016-2017, au 11 septembre 2017, l’Etat a déjà versé 59,2 milliards de franc. Ce sont des sommes importantes. Si nous continuons de cette façon, à terme c’est le privé qui risque de contrôler totalement tout ce secteur comme on le constate déjà pour l’enseignement supérieur. Nous allons nous retrouver dans un Etat où notre système éducatif sera dans les mains des Lobbys du privé. Que faire ? Nous n’allons pas ici trouver les solutions aux nombreux problèmes du système éducatif ivoirien. *Néanmoins sur cette question, nous pensons qu’il y a des mesures courageuses à prendre. Nous proposons que sur une période à déterminer, l’Etat diminue le nombre d’élèves affectés dans le privé. Pour étayer nos propos, admettons que sur 5 ans l’on affecte que le quart de ce qui est fait aujourd’hui dans le privé. Les ressources représentées par les trois quarts restants, peuvent être utilisées pour construire des écoles. Il faudra lutter contre la corruption liée aux surfacturations, afin que ces ressources servent réellement à construire ces écoles et éviter, que cela soit l’occasion pour certains malins de se remplir les poches. Au bout de cette période nous n’aurons peut-être pas réglé tous les problèmes, mais l’Etat sera très proche de ses objectifs. L’autre injustice de notre système, concerne ces kits scolaires distribués aux élèves du primaire public. Ceux du privé n’ont pas ce privilège. Là également, si certains parents optent pour envoyer leurs enfants dans le privé c’est bien parce que l’Etat a beaucoup plus de demandes que d’offres. Personne n’a envie de donner une éducation approximative à sa progéniture quand on sait que les instituteurs du public, sont mieux formés que ceux du privé. Leur seul souci, ils ne travaillent pas dans des conditions requises. Quel résultat pourrait-on obtenir d’un enseignant qui a 70 voire 90 gamins en face de lui ? Il perdra tout son temps à rétablir le vacarme et les palabres de ces enfants.

L’Etat ne peut pas construire ses écoles et demander aux parents des cotisations pour assurer son fonctionnement. Soit c’est le privé, soit c’est le public. C’est une question de bon sens. Ce ne sont pas les parents d’élèves qui doivent acheter la craie, le tableau, l’ampoule encore moins la restauration d’un établissement. Le propriétaire c’est l’Etat, c’est à lui de savoir gérer l’argent du contribuable, afin que ce qui doit aller à l’école pour son fonctionnement le soit, dans la transparence et la responsabilité. Tous les établissements du secondaire comme ceux du primaire sont dotés de budget de fonctionnement. Soit ils sont insuffisants, soit ils sont mal gérés. Il faut faire un audit à ce niveau pour déterminer les faiblesses de ce système. Cela va éviter de spolier les parents d’élèves après qu’ils aient payé les fournitures scolaires et fait face aux autres charges liées à la rentrée. *Finalement, à quoi servent les frais d’inscription qui sont payés en ligne ? Quelle utilisation fait-on de cette somme évaluée à 6 603 990 000 FCFA pour la rentrée scolaire 2014-2015 où nous avions un effectif de 756 680 élèves pour le privé et 722325 pour le public ? Est-elle la caisse noire des différents cabinets ministériels ? Là également, des explications méritent d’être données aux contribuables que nous sommes, parce qu’il s’agit d’argent qui sort directement de nos poches. Concernant les autres frais annexes demandés aux parents d’élèves, voilà qu’un Ministre de la République chargé de l’éducation de nos enfants vient dire devant les medias que son ministère et le gouvernement, ne sont mêlés ni de près ni de loin de ces cotisations levées par les parents d’élèves. Mais diantre dans quel Etat sommes-nous ?

Dans une République normale un tel ministre devrait être démis immédiatement de ses fonctions à l’issue de cette intervention.Ce qui signifie que n’importe qui peut se lever et faire n’importe quoi dans ces établissements et personne ne peut réagir! Pour justifier l’existence de ces fonds annexes, il nous est rapporté qu’ils servent à refaire la toiture de l’école, à acheter des tables bancs, à construire des latrines etc. Et l’Etat qui a construit son école, où se trouve-t-il ? Quelle est sa responsabilité ? Le contribuable paie déjà des impôts pour faire face à ces charges.Nous pensons que les budgets des établissements associés aux frais d’inscription peuvent faire face à ces charges.Les autorités devraient être un plus regardantes dans notre milieu éducatif, car il y a trop d’argent qui y circulent et qui échappent au contrôle du trésor public. A moins qu’elles-mêmes ne soient complices. Que Dieu éclaire tous les acteurs de ce système dans les prises des décisions, afin que nous ayons une Bonne rentrée scolaire 2017-2018! Cela pour le bonheur de nos enfants et des pauvres parents.

Une contribution de SILUE ABIGAIL

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