À force de privilégier les cultures de rente, la Côte d’Ivoire a souvent fini par faire face à des pénuries d’aliments de base et donc à une inflation des prix des produits de grande consommation. On le sait, le cacao, le café, le palmier à huile et depuis des années, l’hévéa, sont pour le pays, des produits d’exportation qui contribuent fortement à l’amélioration de l’économie du pays. Si le premier président Félix Houphouët-Boigny avait fait la promotion de l’autosuffisance alimentaire avec surtout la culture du riz, la politique agricole de l’ancien chef d’Etat a au fil des années, été reléguée au second plan, malgré les fluctuations des prix des produits d’exportation.

Ces dernières années, en Côte d’Ivoire, le prix de ces produits ont grimpé, allant par exemple pour le cacao dont la Côte d’Ivoire est le premier producteur mondial, à 1000F/kg. Comme le prix de l’hévéa, qui, jusqu’en 2011, se portait bien, avant de dégringoler. Le cacao, le café, l’hévéa, le palmier à huile, malgré tout font rêver les agriculteurs ivoiriens qui en cultivent des milliers d’hectares dans les régions de forêt. Le malheur pour les Ivoiriens, c’est que ces cultures sont privilégiées au détriment des cultures de grande consommation et particulièrement des cultures vivrières. Ainsi, la tomate, l’aubergine, la salade, le piment, le manioc se font souvent rares et quand on en trouve sur les marchés, les prix sont très élevés.
Ces dernières années, en Côte d’Ivoire, le prix de ces produits ont grimpé, allant par exemple pour le cacao dont la Côte d’Ivoire est le premier producteur mondial, à 1000F/kg
En 2016, la Côte d’Ivoire a fait face à une grave pénurie de manioc sur le marché, avec pour conséquence, la pénurie de la semoule de manioc appelée «attiéké», faite à base de ce tubercule, pourtant consommée par 90% des populations vivant sur le sol ivoirien. La boule d’«attiéké» qui coûte généralement 100 Fcfa, était vendue à 200 Fcfa, soit le double du prix normal. Le gouvernement qui a pris au sérieux cet avertissement, avait alors encouragé les planteurs du sud du pays à s’adonner à la culture vivrière. Toujours est-il que la crise du manioc et de l’ « attiéké » est passée. Mais que ce soit pour cette culture ou pour le maraîcher, il n’existe pas de véritable politique dans ce pays même s’il est vrai que des groupements d’hommes et/ou de femmes reçoivent par moment l’aide de pouvoirs publics à travers le financement de projets.

En outre, une autre difficulté dans la culture des produits de grande consommation, c’est la nuisance des plantations d’hévéa qui produisent le caoutchouc naturel. Selon des spécialistes, si le cacao, le café, le palmier à huile, la banane cohabitent avec d’autres cultures, ce n’est pas le cas pour l’hévéa dont la culture ne permet pas à d’autres plantes de s’épanouir et de bien produire. Ainsi, jusqu’à 150 mètres environ tout autour des plantations d’hévéa, aucune culture ne peut prospérer. Or, depuis un peu plus d’une vingtaine d’années, la partie sud du pays regorge de milliers d’hectares d’arbres de caoutchouc.

On se rend compte que depuis des années, tous les produits de première nécessité sont devenus chers pour la simple raison que tout le monde s’adonne aux cultures de rente
Le centre et le nord du pays, eux aussi ont été contaminés par la culture du cajou qui est devenue le cacao de ces régions de savane. Plusieurs familles s’en sortent bien depuis que ce produit est recherché par de grandes usines qui s’installent en Côte d’Ivoire, Au Burkina Faso et même au Ghana. Les populations ivoiriennes ont fini par favoriser la culture du cajou aux autres qui permettaient de vivre sans rien acheter. On se rend compte que depuis des années, tous les produits de première nécessité sont devenus chers pour la simple raison que tout le monde s’adonne aux cultures de rente, qui prennent la place des champs de maïs, de manioc, de tomates, d’aubergines, etc. Occasionnant ainsi, une flambée des prix sur le marché. L’offre étant inférieure à la demande.

Karim Ouattara

NB : WATHI, 21 août 2017, développement de l’agriculture, contribution développement de l’agriculture. Karim Ouattara est un journaliste ivoirien, rédacteur en chef du quotidien L’Expression.

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