L’infernal quadrupède vous invite à une soirée dansante avec l’empereur, qui depuis quelques jours, a fait preuve de prouesses en la matière. Face aux mutins, à la presse et à son propre projet d’installation d’un Sénat, notre Président a fait de jolis pas de Moowalk et hier, après le conseil des ministres, il a esquissez cette fois, et une fois de plus, des pas de Ziglibity entamé depuis 2012 dans la lutte contre la vie chère.
« MOONWALK » PRESIDENTIEL
Vous connaissez surement le « Moonwalk » ? Si non, souvenez vous de ces pas de Michael Jackson, lorsque tout doucement, il glissait comme sur de la glace en arrière. Appelé Back-slide ou retour en arrière, l’empereur Ouattara pour avoir fréquenté les Etats Unis, d’où est originaire la pop star pourrait être un fin connaisseur de ce pas de danse qui a ébloui le monde. En effet, notre président dans ses prises de décision ces derniers temps, semble emprunter la voix des amoureux de cette danse dont la gestuelle pourrait exprimer l’état d’âme du danseur.
A commencer par la gestion de la dernière mutinerie. Il a tenté le bras de fer avec ces mutins qui réclamaient armes au point, le reste des sommes que le gouvernement leur avait promis, en évoquant que « les caisses sont vides » à cause de la baisse du prix du cacao et les nombreuses difficultés que traversent le pays. Mais il recevra une réponse d’un ton négatif ferme des mutins, déterminés à recevoir leur argent ou à semer la chienlit. Les tirs étaient importants, les populations à bout de souffle, et même son fauteuil présidentiel commençaient à lui échapper. Eh bien, à ce moment, il n’y restait qu’une chose à faire : Esquisser un premier pas de « Moonwalk », en glissant tout doucement sur sa volonté de bander ses muscles devant les mutins. Il concède à leurs revendications dans un accord, dit-on, secret. Le calme retrouvé, les organisations de la presse, avec la société civile et des leaders d’opinion reprennent de haut, le combat contre les loies jumelles sur la presse et l’audiovisuel, critiqués pour ces articles qui ramènent le délit de presse sous des formes encore plus répressives, menaçant même le citoyen lambda à travers l’expression « quiconque ». Cette fois encore, l’empereur, par l’un de ses portes voies, va esquisser encore un autre pas de la Pop Star Michael Jackson. C’est le ministre Bruno Nabagné Koné qui va mettre en avant ce pas de Moowalk du Chef de l’Etat à travers un tweet où il annonce le retrait de ses lois jumelles sur la presse et l’audiovisuel, le temps d’écouter toutes les expressions de la société sur la question. Ce pas de danse a été très bien accueilli sur les réseaux sociaux. Un pas de Back-slide plutôt bien réussi, surtout que beaucoup, dans l’opinion, ne pensait pas le gouvernement allait revenir sur sa décision, tant elle affichait une abnégation aux cris discordants. Même si, il faut le noter, l’empereur Ouattara n’a pas totalement remis en cause son texte, il y a des raisons d’espérer un autre pas de Moowalk de sa part sur la question. Surtout que le dernier pas de « retour en arrière » annoncé dans les colonnes de l’infernal quadrupède relativement au renoncement de la mise en place du Senat était encore plus surprenant. Un projet inscrit, pourtant, dans la nouvelle constitution, qui malgré le rejet qu’il a suscité de la part des opposants et autres leaders de la société civile. Alors que la principale critique opposée à ce projet de mise en place d’un Sénat, était du fait que cela allait engendrer des dépenses supplémentaires, il a fallu les tirs des mutins, la baisse du prix du cacao et les menaces de grève des fonctionnaires pour que l’empereur, dans un silencieux pas glissé, digne de la gestuelle de Michael Jackson, fasse savoir par des sources avisées, qu’il renonce à la mise en place dudit Sénat. On dit merci qui ?
« ZIGLIBITY » GOUVERNEMENTAL
Si l’Empereur est si brillant en Moonwalk, ce n’est pas seulement du fait qu’il a vécu aux pays de l’Oncle Sam. Mais plutôt parce qu’il est doué en danse. Et même en danse locale avec le chant qui va avec, car le Ziglibithy dont le principal promoteur est le défunt Ernesto Djédjé, qui selon wikipédia, zigli veut dire danse et bhithy signifiant « chanson sucrée, mielleuse, succulente, douce à laquelle on ne peut résister ». Face à une problématique aussi vieille et à la peau aussi dure, c’est donc avec des pas de Ziglibithy que l’empereur fait danser les Ivoiriens le ventre creux. En effet, la croissance étant dès l’année 2012 ainsi que la stabilité politique de retour, c’est légitimement que les populations aspirent à de meilleures conditions de vie. Primo : l’accès aux produits de premières nécessités. La grogne prend un nom : « la vie chère ». La lutte aussi se fait appeler par le gouvernement, « la lutte contre la vie chère ». Le titre de cet album de Ziglibithy de l’empereur est tout trouvé, il ne reste qu’à faire danser les Ivoiriens à son rythme.
Premier spectacle, avril 2012. Le gouvernement annonce 11 mesures pour lutter contre la vie chère (cgeci.org), après s’être félicité des efforts précédents en la matière : morceau choisi de la même source : « Dans le cadre de la lutte contre la cherté de la vie, les différentes mesures décrites ci-après ont permis de contenir les prix de certains produits de première nécessité ; l’indice harmonisé des prix à la consommation est passé de 6% aux lendemains de la crise postélectorale (août 2011) à 4,9% à la fin de l’année 2011 et est de +0.9% pour les trois premiers mois de l’année 2012 :
1. La lutte contre le racket et la réduction des postes de contrôle sur les routes en vue de contribuer à la fluidité routière et de supprimer les faux frais sur les coûts de transport des marchandises ;
2. La suspension du paiement de certaines taxes notamment la vignette et la patente ;
3. La systématisation des relevés hebdomadaires des prix afin de disposer d’informations exhaustives et fiables sur les prix des produits de grande consommation et leur disponibilité ;
4. L’amélioration de l’approvisionnement des marchés en produits de première nécessité ;
5. La négociation et la signature de protocoles d’accord avec les différents acteurs de l’activité commerciale sur les prix des produits de grande consommation notamment les prix du sucre, du riz, de l’huile, de la farine et de la viande bovine ». Alors, le spectacle d’avril 2012 qui offrira 11 chansonnettes contre la vie chère a pour but selon nos autorités de renforcer ces acquis, qui pourtant ne sont pas ressenti par le ventre des Ivoiriens, qui a contrario, vont ressentir une nouvelle flambée des produits de première nécessité. Extrait de la chansonnette : « En vue de renforcer ces mesures, compte tenu d’une nouvelle flambée des prix, de nouvelles mesures ont été identifiées en vue de renforcer les mesures en cours et lutter de façon efficace, vigoureuse et visible contre la vie chère. Ainsi, ces nouvelles mesures peuvent-elles être classées en trois catégories :
A. Les mesures spécifiques propres à chacun des produits concernés par la hausse des prix.
B. Les mesures d’ordre structurel visant à une meilleure administration de l’environnement commercial.
C. Les mesures d’ordre général permettant de consolider la lutte contre la vie chère ».
« L’Eléphant » va vous épargner la suite de ce spectacle de Ziglibithy pour vous conduire tout droit vers le grand concert que le gouvernement va ensuite organiser contre ce fléau. Les préparatifs auront lieu deux ans avant pour vous dire l’importance de ce spectacle. C’était le 25 avril 2014, lors d’un séminaire gouvernemental dédié à la question de la lutte contre la vie chère. Il s’en suivra deux ans plus tard, le grand concert de Ziglibithy offert aux ivoiriens sur le phénomène de la vie chère. Alors un vendredi 15 juillet 2016, qui annonce le week-end, le gouvernement sort la grosse Sonorisation. Le Premier ministre d’alors, Daniel Kablan Duncan en pleine prestation oratoire, annonce l’installation du Conseil national de lutte contre la vie chère. Si vous n’étiez pas à ce spectacle qui s’est déroulé à la Primature, en voilà un extrait du discours « Ziglibihtymatique » du Chef du gouvernement :
« Dans ce contexte, la question de la maîtrise du coût de la vie, à travers notamment la lutte contre la vie chère, est une attente constante du Président de la République, SEM Alassane OUATTARA et une priorité de l’action gouvernementale. Un séminaire gouvernemental y a été consacré le vendredi 25 avril 2 014. La question des prix et du panier de la ménagère a fini de placer la satisfaction de la demande sociale au rang des préoccupations majeures et devient un enjeu stratégique sur la scène politique, économique et sociale actuelle de notre pays.
C’est pourquoi, face à cette question de la cherté de la vie, le Président de la République, SEM Alassane OUATTARA, qui a mis le bien être des Ivoiriens en très bonne place dans son programme de Gouvernement, nous a instruit de définir une stratégie globale de lutte contre la cherté de la vie. C’est dans ce cadre que nous avons créé par arrêté n°345/PM/CAB du 04 septembre 2014, le Conseil National de Lutte contre la Vie Chère ». Pardi ! La question de la cherté de la vie est une priorité parmi les priorités de l’Empereur Ouattara. D’ailleurs, Daniel Kablan Duncan vantera ce Conseil : « Ce Conseil est l’émanation de tous les Ministères et de toutes les structures publiques, para publiques, les associations dont l’action a un impact sur la vie de nos concitoyens. Il a pour principale mission de coordonner et de faire le suivi de la mise en œuvre des stratégies du Gouvernement relatives à la lutte contre la vie chère. A ce titre, le Conseil National de Lutte contre la Vie Chère, intervient sur toutes les questions sensibles liées à la cherté de la vie pour faire des propositions concrètes au Gouvernement. (…) Le CNLVC est notre Conseil à tous. C’est donc à vous que revient, chacun dans son secteur d’activités, d’aider ce Conseil à améliorer le quotidien de nos concitoyens. L’exercice de cette mission et surtout l’atteinte des résultats escomptés nécessitent des efforts, de tous les instants, à la hauteur des espoirs nourris par nos populations. Il nous faudra unir nos ressources intellectuelles, techniques et institutionnelles, pour être une force d’analyse de propositions et d’actions responsables.
C’est sur ces attentes fortes, que je voudrais au nom du Président de la République, SEM Alassane OUATTARA, prononcer l’installation officielle, ce jour, vendredi 15 juillet 2016, du Conseil National de Lutte contre la Vie Chère. Que vos prochaines rencontres et vos échanges soient des plus fréquents et fructueux ».
Vous avez bien entendu la fin de la chanson : « fructueux ». Et pourtant, malgré ses paroles mielleuses, l’Ivoirien continu de se plaindre du coût élevé des produits de consommation de première nécessité. Ça mérite une autre sortie de Ziglibithy du Chef de l’Etat. Même si, cette fois, des fausses notes apparaissent dans la musique, affectant la chanson sucrée et remettant en cause, sa capacité à être une chanson face à laquelle, personne ne peut résister. Car, il s’agit de la vie des Ivoiriens, et chaque fois que certaines denrées qui contribuent à la vie, pour ne pas dire à la survie deviennent d’accès difficiles, des cris de colère se font entendre. Le concert cette fois s’est tenu au denier Conseil des ministres, où une communication relative à la lutte contre la vie chère-complétant l’aspect mielleux de la chansonnette Ziglibithy-qui constitue depuis quelques années, l’une des priorités du gouvernement. Morceau choisi dans le communiqué : « Dans ce cadre, le Conseil a arrêté de nouvelles mesures applicables à court et à moyen terme, en vue de réduire les difficultés auxquelles sont confrontés les ménages. Ces mesures concernent principalement l’alimentation, le logement et le transport, principaux postes de dépenses des ivoiriens. Dans l’immédiat, relativement à l’alimentation ; -les prix et les marges sur le riz, l’huile, la tomate concentrée, le sucre et le ciment sont bloqués, conformément à l’ordonnance n° 2013-662 du 20 septembre 2013 relatif à la concurrence ; -un cadre de concertation comprenant l’Office de la Fluidité des Transports, l’Unité de Lutte contre le Racket, le Conseil National de Lutte Contre la Vie Chère et le Haut Conseil du Patronat des Entreprises de Transports sera mis en place afin de renforcer la lutte contre les faux frais. Concernant les transports, le nombre de bus de la SOTRA sera fortement accru et un nouveau plan de desserte des quartiers de la ville d’Abidjan sera mis en place, le transport multimodal (route, lagune, rail) sera développé. Pour le logement, les conditions de bail à usage d’habitation et de bail à usage commercial feront l’objet d’une réglementation plus stricte. Après avoir exprimé sa satisfaction relativement aux mesures proposées, le Chef de l’Etat a instruit le Gouvernement de poursuivre ses efforts en vue de réduire sensiblement le poids des dépenses d’alimentation, de logement et de transport dans le budget des ménages ivoiriens. En parallèle, les efforts se poursuivront pour continuer d’améliorer les revenus des citoyens et contenir le niveau de l’inflation. ».
On aurait dit, un remix des anciennes chansons du gouvernement sur la problématique de la vie chère. Mais cette fois, avec une fausse note révélée par le site koaci.com relatant les propos du ministre Koné Bruno à la fin de ce Conseil, où il fait savoir qu’en ce qui concerne l’alimentation, le Gouvernement annonce la restructuration du conseil national de lutte contre la vie chère présidé par le Premier ministre. A peine un an après son installation que déjà, Ce Conseil va être mis en restructuration. Sacré pas de Ziglibithy qui, en bon amateur de cette musique, aura du mal à séduire l’intrépide quadrupède, qui lors de ce dernier spectacle, s’est senti dupé par du réchauffé.
Alain Patrice. A

(In l’éléphant déchainé   N° 550)

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