Bérangère Portalier est responsable de communication d’ensemble contre la peine de mort -qui est une association dont le mandat est de lutter pour l’abolition universelle de la peine de mort- et du 3è congrès régional contre la peine de mort qui aura lieu du 9 au 10 avril à Abidjan, nous explique à travers cette interview, l’importance d’une irréversibilité de l’abolition de la peine capitale.

Ivoiregnerie : Quel est le champ d’action d’ECPM?

Nous avons majoritairement une action structurante du mouvement abolitionniste. Nous avons créé la Coalition mondiale contre la peine de mort qui compte aujourd’hui plus de 150 membres partout dans le monde. Nous organisons les Congrès mondiaux contre la peine de mort depuis 2001. Et les Congrès régionaux contre la peine de mort depuis 2012. Ces évènements ont pour vocation de réunir le mouvement abolitionniste pour que les gens puissent se rencontrer et aussi s’informer et décider ensemble de stratégies communes pour le mouvement.

Pourquoi le congrès régional contre la peine de mort à Abidjan? Expliquez-nous le thème…

Pour ce 3e Congrès régional contre la peine de mort, l’Afrique s’est imposée comme une évidence car elle est considérée comme le prochain continent abolitionniste. C’est en Afrique que l’on trouve les plus fortes dynamiques vers l’abolition. La Côte d’Ivoire nous a parue être le meilleur endroit pour des raisons politiques et logistiques. Le pays a aboli la peine de mort en 2000, et peut donc se poser en leader dans ce continent qui compte 22 pays en moratoire de longue date. Il reste toutefois un enjeu national pour la Côte d’Ivoire, qui n’a pas encore ratifié l’OP2 (second protocole facultatif se rapportant au PIDCP). Cet instrument international est considéré comme le verrou de l’abolition. C’est le seul qui ne permette aucun retour en arrière. Côté logistique, la capacité de la Côte d’Ivoire à accueillir un si gros événement est également importante.

Faites nous le point de l’abolition de la peine de mort en Afrique, puis dans le monde entier!

L’Afrique est aujourd’hui perçue comme le prochain continent abolitionniste. En 1990, seul un État africain, le Cap-Vert, avait aboli la peine de mort. Aujourd’hui, sur l’ensemble des 55 États africains, 4/5e ne pratiquent plus la peine capitale, et cet élan se poursuit avec constance. Le Burkina Faso voit la possibilité de choisir une Constitution qui interdit l’utilisation de la peine de mort, les institutions de RDC se posent la question du passage d’un moratoire de facto à un moratoire de Jure, la Gambie a signé l’OP2, Madagascar l’a ratifié…
Mais la situation n’est pas homogène. Si les exécutions demeurent fréquentes dans plusieurs États d’Afrique du Nord et de l’Est, la situation est plus favorable en Afrique centrale ou de l’Ouest, en particulier dans l’espace francophone (abolitions récentes au Bénin, Burundi, Congo, Gabon, Madagascar, Togo et Guinée). En Afrique du Nord, l’Algérie, le Maroc/Sahara occidental, la Mauritanie et la Tunisie ont un moratoire. Dès lors, il existe des opportunités pour les acteurs abolitionnistes d’actionner des leviers pour avancer par étapes vers l’abolition de la peine de mort dans la région.
En décembre 2016, presque la moitié des États membres de l’Union africaine (25) ont voté en faveur de la résolution des Nations Unies relative à l’application d’un moratoire universel sur les exécutions. En avril 2015, la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP) a adopté un projet de protocole à la Charte africaine des droits dédié à l’abolition de la peine de mort.
Certains pays souffrent d’une situation politique instable – avec le terrorisme comme facteur de déstabilisation – et présentent des signes de recul à juguler, avec une multiplication des violations des droits de l’homme. Le développement d’un mouvement régional en faveur de l’abolition reste donc un enjeu majeur pour ECPM comme pour la communauté internationale.

Quelles sont les attentes pour ce 3e Congrès régional, à Abidjan?

Le Congrès d’Afrique sera le 3e congrès régional et aura comme objectifs spécifiques de :
– Favoriser l’engagement des leaders politiques des pays cibles
– Encourager l’abolition de la peine de mort dans certains pays en moratoire
– Appuyer la mise en place de trois instruments internationaux clés : le Protocole Africain, la Résolution des Nations unies (NU) en faveur du moratoire (déc.2018), le second protocole facultatif au pacte international sur les droits civils et politiques.
– Favoriser le dialogue, l’action collective et l’émergence d’initiatives de la part des acteurs de la société civile, parlementaires et INDH de la région.
– Dégager les grandes problématiques de la région (État de droit, état de la Justice et des prisons, traditions et religions, pauvreté, lutte contre le terrorisme) et développer des argumentaires en faveur de l’abolition.
– Préparer la Journée mondiale 2018 (10 octobre) consacrée aux conditions de détention des condamnés à mort.

Quelles sont les personnalités et sommités du domaine qui effectueront le déplacement, à Abidjan?

Nous attendons 300 personnes venues de toute l’Afrique. Il est encore un peu tôt pour que je vous dévoile les éminents intervenants que nous invitons. Je peux en revanche vous dévoiler que 7 ministres africains ont déjà confirmés leur présence.

Quelles sont les perspectives d’ECPM envers les Etats les plus abolitionnistes comme certains aux Etats-Unis?
Les états qui ont déjà aboli ont à présent la responsabilité de mobiliser leur diplomatie pour encourager leurs voisins qui pratiquent encore la peine de mort à l’abolir.

Quels seront les faits marquants de ces assises d’Abidjan?

La cérémonie d’ouverture, le 9 avril au matin, est toujours un moment phare, car c’est là que nous concentrons le plus grand nombre de personnalités politiques et que des annonces peuvent être faites par certains pays quant aux avancées qu’ils s’engagent à mettre en œuvre.

Quels sont vos rapports avec des structures comme la FIACAT?

La FIACAT est un partenaire de 1er plan pour ECPM. Nous travaillons main dans la main à l’organisation de ce Congrès. Au côté de la Coalition mondiale contre la peine de mort et de la Commission nationale des droits de l’homme de Côte d’Ivoire (CNDH-CI), la Fédération internationale de l’action des chrétiens pour l’abolition de la torture (FIACAT) est centrale dans la réussite de ce Congrès.

Enfin, un message à lancer aux Ivoiriens et aux militants des droits de l’homme, pour les inviter à participer massivement à ce congrès!

Ce Congrès doit être le vôtre. Les hommes politiques seront là, les intervenants seront là. A présent, c’est à la société civile de se mobiliser pour que ce Congrès soit aussi le sien. Les associations ont toujours un rôle moteur dans les droits de l’Homme. Nous leur fournirons la possibilité de se rendre visibles. Elles pourront amener leur matériel de promotion et se faire connaître.

NB : Bérangère Portalier, responsable de communication d’Ecpm et du congrès.

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