«Mesdames et messieurs j’aimerais vous faire connaître l’information ci après : chers collègues, l’heure a sonné. En effet le président Alassane Ouattara et moi-même avons convenu de la convocation d’une session extraordinaire ce vendredi 9 février 2019.

Mes chers collègues quand il est l’heure il n’est plus besoin de longs discours. Dans la vie des hommes il y’a des moments aussi décisifs voyez-vous où il ne tient qu’à soi-même de prendre ses responsabilités. C’est ce que je m’en vais faire tout à l’heure. Mais avant permettez-moi d’exprimer le bonheur et la joie que j’ai eu à conduire les destinées du deuxième pouvoir de l’Etat, le pouvoir législatif. Mes deux mandatures ont été parsemées de moments de joie mais aussi d’embûches et de douleurs vives. C’est pourquoi à vous chers collègues qui m’avez fait confiance en m’élisant le 9 janvier 2016, je tiens à dire toute ma reconnaissance et ma gratitude. Tout au long de notre marche commune j’ai voulu faire de notre Assemblée nationale une famille certes colorée, mais une famille. Aussi en ces heures qui comptent je veux m’adresser directement à vous, vous qui m’avez porté un soutien sans faille, en vous demandant de trouver ici l’expression de mes sincères remerciements. J’ai une pensée même de gratitude à travers les membres du bureau de l’Assemblée nationale et tous mes collaborateurs qui m’ont accompagné lors de cette exaltante mission. A ceux qui dans l’anonymat et pourtant avec efficacité font vivre notre institution je veux parler des chauffeurs, des gardiens… J’exprime ma particulière sympathie.

Chers collègues alors venons-en à l’ordre du jour de notre session extraordinaire. En ce mois de janvier 2019 j’ai eu le privilège de plusieurs audiences avec le président notamment les 4, 5 et 25 janviers. Il a été question de mon engagement politique et de mon positionnement idéologique vis-à-vis du RHDP. Cette question aussi importante soit-elle a nécessité de ma part réflexion et décision. Oui, j’ai choisi de ne pas m’engager au sein du RHDP unifié. Ainsi je n’ai point pris part au congrès du 26 janvier dernier au stade Félix Houphouët-Boigny. Grave erreur, grave faute, ont tôt fait de clamer certains de mes compères! Me voyez-vous, je suis plus homme à croire au jugement de l’histoire qu’au jugement des hommes. En ce qui me concerne il ne peut être question de défiance mais plutôt du désir d’harmonie entre mes convictions, mes valeurs et ma conscience. Et là-dessus, c’est sans hésitation ! Le fait est que j’étais face à un dilemme : soit trahir mes convictions en allant au congrès du RHDP pour ainsi dire sauver un poste confortable soit rendre ma démission de mes fonctions de président de l’Assemblée nationale et ainsi être capable de me regarder moi-même dans une glace. Y avait-il d’autres alternatives ? Non, on ne m’en donnait aucune, absolument aucune. A l’inverse; refuser de démissionner conduirait immanquablement à une crise institutionnelle déstabilisante avec le cortège de dommages pour la nation.

 Chers collègues l’on ne peut risquer de mettre en péril la paix fragile acquise après tant de souffrances de nos concitoyens. Quand on a été comme moi ministre d’Etat, Premier ministre, président de l’Assemblée nationale, c’est une issue inenvisageable.

Chers collègues ce n’est pas ce que je souhaite pour la Côte d’Ivoire. Moi qui depuis un moment me suis fait le discipline du pardon, de la réconciliation et de la paix. Sachez-le chers collègues, je ne suis pas homme à m’accrocher comme un saprophyte à un poste. On ne peut risquer la paix parce que l’on veut conserver un poste. N’est-ce par le président feu Félix Houphouët-Boigny qui alléguait : «Aucun sacrifice n’est trop grand  quand il s’agit de faire la paix pour son pays »? Cette sagesse du père fondateur de la Côte d’Ivoire moderne ne m’a jamais quitté l’esprit. Rassurez-vous chers collègues, je demeure serein tout en quittant ce poste aisé de président de l’Assemblée nationale pour l’aventure de mes convictions. En effet je préfère descendre de mon piédestal vivre et partager le quotidien de mes semblables concitoyens, que de me complaire dans l’aisance de ma posture institutionnelle. Concitoyen, le mot est lâché. Je veux que de moi mes concitoyens, mon épouse, mes enfants, ma famille, mes collaborateurs, mes proches, mes compagnons, et je pense aussi au député Alain Lobognon et tous les autres proches présentement en prison retiennent un homme de conviction debout face aux lendemains même incertains. Chers collègues, à cet instant précis je rends ma démission de mes fonctions de président de l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire. Oui j’ai décidé de sacrifier mon poste pour la paix, pour la Côte d’Ivoire, comme j’ai eu à le faire par le passé. Mesdames et messieurs chers collègues, me voilà ainsi donc ancien président de l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire, député de la nation élu dans la circonscription de Ferkéssédougou commune et vice-président élu de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie. Chers collègues je continuerai à travailler avec vous pour l’édification d’une Côte d’Ivoire riche et prospère qui repose avant tout sur un état de droit et des bases démocratiques solides. Je demeurerai avec vous pour continuer le combat du pardon, de la réconciliation et de la paix. Ce combat à mes yeux, vaut plus que le poste de président de l’Assemblée nationale.

Chers collègues, après toutes les épreuves que j’ai traversées et dont vous êtes témoins, j’ai acquis la forte conviction que le destin de chacun d’entre nous appartient à Dieu. Dieu pourvoira. Merci à chacun et à chacune, à bientôt ! Merci, merci, merci, merci, merci… Merci chers collègues, mesdames et messieurs les députés, nous venons d’épuiser l’ordre du jour de la présente session. Conformément aux dispositions de l’article 95 alinéa 2 de la constitution et l’article 3 alinéa 5 du règlement de l’Assemblée nationale, je déclare close la première session extraordinaire de l’année 2019. Merci mesdames et messieurs les députés, la séance est levée.»

LA REDACTION

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