En Côte d’Ivoire comme partout dans le monde, nous sommes en 2017. Et les jours s’effilochent au fur et à mesure pour tendre vers 2018. Mais déjà, toutes les chapelles politiques lorgnent vers 2020, l’année de tous les enjeux électoraux. Avec comme supposition quasi certaine, qu’un coup de force n’est pas possible parce que personne n’en veut, et qu’aussi, tous ceux qui s’y aventureraient, porteraient le triste sort d’un destin alambiqué pour le pays. Ainsi, toutes les stratégies ont d’ores et déjà été mises en place, pour prendre le bon départ, mais aussi, écarter le plus possible de prétendants à la magistrature suprême. Cette analyse part aussi du postulat que tous les Ivoiriens -même si en concernant l’élection présidentielle de 2010 les débats vont toujours bon train selon la chapelle politique et les intérêts en présence- savent bel et bien depuis la présidentielle de 2010, qu’il y’a trois partis forts –le FPI, le PDCI et le RDR- qui rivaliseront d’ardeur pour remporter les élections, et qu’aucun parti à lui seul si l’on s’en tient à la loi mathématique des chiffres t à la politique ivoirienne qui est toujours géopolitique et non idéelle, ne peut l’emporter à lui tout seul, sinon au deuxième tour, avec le coup de pouce d’un allié. Et là, tous ces trois partis semblent de prime abord -même si le FPI a une certaine division en interne- bien partis pour rafler la mise. Seulement qu’un quatrième prétendant, parce qu’il s’en est donné l’ossature depuis bientôt 15 ans en étant à la Une de l’actualité nationale voguant au flux des ressacs des vagues de la politique ivoirienne, est vu par tous les analystes politiques, comme candidat sérieux ; Soro Guillaume l’actuel président de l’Assemblée nationale, puisque c’est de lui, qu’il s’agit. Voici dans un premier tableau dépeint à l’heure actuelle, ceux qui seraient susceptibles d’être les rois en 2020, sans oublier d’éventuels outsiders qui en l’état actuel de la politique ivoirienne, ne seraient pas susceptibles d’être élus à moins d’un cataclysme, même si le Macronisme et la Yayi Bonisme, existent!

Le FPI et Soro iront à Canossa !

Allons avant tout aux origines de l’expression, ‘’aller à Canossa’’, qui signifie céder devant quelqu’un, s’humilier devant lui ! L’empereur Henri IV d’Allemagne avait cru bon de proclamer la déchéance du pape après le conflit des Investitures. Ce qui n’a pas empêché le pape Grégoire VII, en 1077, d’y séjourner et de d’y rencontrer l’empereur. Le pontife décida alors de l’excommunier. Du coup, les vassaux de l’empereur refusèrent de continuer à le suivre. Ce qui l’obligea finalement à aller rencontrer le pape pour le supplier de lui accorder son pardon. C’est au château de Canossa qu’eut lieu cette rencontre où l’empereur fut humilié de devoir « se coucher » devant le pape qui ne lui donna une réponse positive que trois jours plus tard, après l’avoir bien laissé ruminer en costume de pénitent et pieds nus dans le froid en plein mois de janvier. L’excommunication fut alors levée. Mais pour l’emploi de cette expression dans le langage courant à l’époque moderne, c’est Bismarck qui, en 1872 utilisa l’expression « nous n’irons pas à Canossa » devant le Reichstag. Il voulait ainsi exprimer son désaccord avec le Vatican qui soutenait le parti catholique allemand, et son refus de céder aux injonctions du pape, alors que Bismarck, qui avait des volontés trop laïques aux yeux du pape Pie IX, venait de se voir refuser l’envoi d’un ambassadeur allemand au Vatican. Bismarck voulait donc dire par là : « Nous ne nous humilierons pas en cédant aux Catholiques ». Du coup aller à Canossa, c’est revoir sa position après une décision tranchée, pour recevoir en quelque sorte, l’absolution papale. Dans la politique ivoirienne, le Rassemblement des Houphouétistes pour la démocratie et la paix (RHDP) a joué des coudées franches pour écarter ses adversaires politiques -et régner pendant longtemps dans ‘’son royaume’’ oscillant d’alternance en alternance- au rang desquels se trouvent Guillaume Soro et le FPI. Tout d’abord le RDR au pouvoir, a décidé de sévir en emprisonnant bien sûr pas volontairement, mais après procès plusieurs cadres du FPI tendance pro-Gbagbo pour plusieurs infractions entre autres, atteinte à la sûreté de l’Etat. Les autres caciques du régime déchu ont pris la poudre d’escampette après la crise postélectorale et le transfuge de Laurent Gbagbo à la Cour pénale internationale (CPI) en devenant des réfugiés politiques à travers le monde entier dont la plupart sont au Ghana et au Togo, quand de très influents parmi ceux-ci, y sont décédés. Bien des comptes ont été gelés, empêchant le FPI pro-Gbagbo de pourvoir réorganiser son appareil et prendre efficacement part aux élections municipales et législatives, se préparant ainsi pour revenir au pouvoir en 2020. Et à ce jour il ne reste en Côte d’Ivoire que certains fidèles parmi les fidèles comme Aboudramane Sangaré affaibli par le poids de l’âge et des luttes politiques, Alphonse Douati précédemment libéré, Laurent Akoun, réduit au silence par une décision de justice, et bien d’autres…De jeunes fougueux du FPI tendance Gbagbo comme Koua Justin, croupissent actuellement dans les geôles. Les militants continuent de se réunir et de tenir des réunions avec des mots d’ordre dont eux seuls ont le secret, sans toutefois pouvoir bouleverser la météo politique ivoirienne. Puisque la condition sine qua non pour que ce parti revienne sur l’échiquier politique national, n’est pas prêt de se réaliser. En témoigne ces propos de la vice-présidente chargée de la mobilisation des femmes du FPI version Sangaré, Odette Lorougnon pour qui l’atout majeur pour revenir au pouvoir, passerait par la libération de l’ex-président ivoirien, Laurent Gbagbo mais également de tous les prisonniers politiques, ainsi qu’au retour en toute sécurité des exilés. Ce qui n’est pas prêt d’arriver, cet atout majeur dépendant à la fois du pouvoir en place et de la Cour pénale internationale (CPI) ; qui ne semble pas prête de lâcher prise malgré les témoignages ne confirmant aucun ‘’plan commun’’ de Gbagbo et des siens pendant la crise postélectorale, et des révélations en cascades de scandales secouant son fonctionnement, et ce procès désormais historique… De l’autre côté du FPI, il y’a une autre tendance officielle celle là dirigée par Affi N’guessan, dont on ne peut jauger le poids sur l’échiquier politique qu’à la lueur de son piètre résultat aux récentes législatives avec trois députés. Un de moins, diraient des soldats en pleine guerre!

Soro Guillaume, parlons-en !

Le plus cacique des prétendants hors-mis le RHDP est sans doute Guillaume Soro qui a été récemment secoué avec l’affaire des caches d’armes qui a conduit son responsable de protocole à l’Assemblée nationale Kamaraté Souleymane alias Soul to Soul, à la Maison d’arrêt et de correction d’Abidjan, (MACA). Et ça semble être le chemin de non retour entre les Forces nouvelles de Guillaume Soro et le RDR qu’il a allègrement soutenu contre Laurent Gbagbo, jusqu’à le hisser au pouvoir. Encore que même si la crise venait à être réglée, il ne pourrait prétendre à la magistrature suprême qu’en arrivant à être en accointance avec l’un de ces trois partis. Difficile équation, sans doute ! Alors qu’au RDR il semble être vomi au vu du dernier congrès et des ‘’successeurs de Ouattara ‘’ qui affutent leurs sabres, au FPI tendance pro-Gbagbo il est considéré comme un traître ayant mené son mentor à La Haye, tandis qu’ au PDCI les appétits voraces des militants et des jeunes apparatchiks sur le starting-block ne lui laisseraient aucune place ; même s’il «est le fils bien aimé» de Henri Konan Bédié le sphinx de Daoukro et président du PDCI… Pour 2020 donc le FPI et Guillaume Soro -qui devrait finalement s’atteler à trouver une situation politiquement confortable exempte de tous déboires juridico judiciaires- même s’ils arrivaient à se présenter, gagneraient difficilement, à moins d’être des faiseurs de roi pour se positionner pour les batailles futures. Mais bien avant, il faille bien aller à Canossa, ou se voir recevoir une estocade qui les enverrait dara-dare ad-patres!

KONE YAO

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