A ‘’Terre rouge’’, l’état de la route est autant nuisible pour les populations, les commerçants, que pour les opérateurs économiques.

Une voie en piteux état

II est 14h30, dans la commune de Port-Bouët, l’une des dix communes de la ville d’Abidjan. Précisément sur la route du sous-quartier de ladite commune Gonzagueville, à ‘’Terre rouge’’. Ce samedi 13 décembre 2017 il fait particulièrement chaud, le soleil est au zénith. C’est jour de marché. Pourtant, on peut compter du bout des doigts les personnes qui empruntent l’axe ‘’Terre rouge’’. Cette rue d’ordinaire bondée, n’est aujourd’hui, que l’ombre d’elle-même. La raison, le mauvais état de la route! Depuis 1ans déjà des travaux d’assainissement ont été entrepris par la société de Bâtiments et Travaux publics Fadoul, qui a légalement obtenu l’appel d’offre pour bitumer l’axe Gonzague ‘’Terre rouge’’ / ‘’Benengosso’’ ; soit 4 ,5km de voie. Le chemin de terre qui était auparavant rempli de sable de mer a disparu pour laisser place aux eaux usées dans lesquelles on trouve des ordures ménagères. Les rares voitures qui osent circuler sur la voie, sont soit des véhicules tout terrain de type 4X4, des tricycles, ou des véhicules poids lourds. Ce qui dégrade davantage ladite voie déjà en piteux état. Ici, plusieurs personnes ont déjà été victimes d’incidents malheureux, à cause de la boue et des eaux usées. Le 27 décembre 2017 à la faveur d’une interruption de la fourniture d’électricité, une fille de 14ans a été prisonnière de la boue qui l’a engloutie jusqu’au cou. Nul été la bravoure d’un quidam de passage, un drame se serait produit, et elle serait passée de vie à trépas. Dans le même quartier de ‘’Terre rouge’’ vers le marché ‘’Kipré’’ un tricycle s’est renversé, récemment. À bord, il y avait un enfant de 6 mois qui s’est presque noyé. Les drames survenus à cause de l’état de la route, sont légion. Le pire est qu’aux abords de ces eaux usées, des commerçants lambda vendent du vivrier, de la viande, du poison, et des articles en tous genres. C’est le cas de madame Claudine commerçante de kits scolaires et de vivriers, qui a bien voulu nous raconter son désarroi : «Moi mon problème, c’est que je veux qu’on arrange la route pour le bien des habitants de Gonzagueville ; parce que vraiment, rien ne marche, les gens ne peuvent pas traverser. On loue le magasin, on vient, on est assis… Pourtant on doit payer la mairie, payer le magasin. Quand on reste comme ça, les clients ne paient rien. On n’a pas d’autres activités aussi. Donc nous sommes obligés de nous asseoir, et d’attendre. Mais si l’Etat décide de faire la route ça va nous faire plaisir ; notre souhait, c’est cela!». Elle nous informe qu’une réunion a été convoquée à 15h au lycée moderne de Gonzagueville par des particuliers, pour parler de ce problème d’assainissement.

Décrivons un peu plus amplement, ce décor!

Du marché ‘’Kipré’’ au carrefour ‘’Roitelet’’ toujours à ‘’Terre rouge’’, le décor est le même. De la boue à profusion, des ordures ménagères, des odeurs pestilentielles ; le tout, combiné avec des larves de moustiques qui cette nuit feront à coup sûr, des victimes de paludisme. Le long des deux rives (gauche et droite), des passants s’efforcent tant bien que mal à rentrer chez eux, ou à se rendre à la lisière du quartier ou il est écrit sur une pancarte : ‘’Gonzague, route de Bassam’’. Après le carrefour ‘’Roitelet’’, nous marchons toujours le long de la route. Il n’y a plus une goutte d’eau, on ne trouve que de la terre rouge, jusqu’à la boulangerie ‘’Paris baguette’’. Ce décor semble meilleur parce que commerce oblige, la boulangerie a du remettre ce tronçon en état, pour faire revenir sa clientèle. Nous décidons d’avoir un brin de causette avec le pharmacien des lieux, histoire de recueillir son avis sur la question. La pharmacie ‘’Saint Louis’’ de Gonzague fait face au lycée, notre lieu de rencontre. Le pharmacien en chef, docteur Kouakou, nous explique comment il achemine ses médicaments jusqu’à la pharmacie : «Les grossistes laissent nos colis au carrefour, à l’entrée du quartier, à la pharmacie ELOMA. De là nous les services de charrettes en bois qui servent à transporter les marchandises communément appelées ‘’pousse-pousse’’ ; ou nous les transportons à la main, ou quelquefois, nous nous servons de tricycles qui eux, forcent souvent le passage. Le hic, c’est qu’avec ces moyens de transport de fortune, nous parcourons le risque de mouiller les médicaments. Souvent les cartons et les barques, tombent dans l’eau…Une fois les marchandises arrivées, c’est le vigile qui se charge de les aller chercher, au goudron. Ce n’est pas du tout facile ! Il y’a des grossistes qui pour nous livrer préfèrent faire le tour, à travers un passage dans le quartier, via le corridor». Rendre cette voie praticable donc, d’une nécessité vitale!

Des actions entreprises, mais toujours silence radio!

C’est au lycée moderne de Gonzague ville que les femmes du marché ‘’Kipré’’ et les commerçants riverains de ‘’Terre rouge’’ se sont réunis suite à la convocation de Mrs N’da Albert, Kapé Robert et Aziz, tous domicilié à Gonzague ‘’Terre rouge’’. Apres les présentations d’usage et l’ordre du jour, M. Kapé Robert propriétaire de magasin en bordure de route témoigne que des actions ont été menées depuis novembre 2017 pour l’assainissement de la route. Et cela, suite aux nombreux incidents malheureux qui ne cessent de se produire. À savoir la naissance d’un bébé dans un garage, et le problème d’approvisionnement en vivriers, du marché ‘’Kipré’’. Après de nombreux courriers adressés à la mairie, restés sans suite. Même une visite dans les locaux des autorités municipales, n’y a rien changé! Ecoutons-le, nous raconter leurs péripéties : «La mairie a refusé de répondre à notre requête et nous a demandé d’aller à l’Agence de gestions des routes (AGEROUTE). Ce fut pareil ! A l’AGEROUTE on nous a informés que la construction des routes se fait par le Programme d’urgence des infrastructures urbaines (PUIURCI). Nous avons été déçus, mais nous n’avons pas baissé les bras. Nous avons donc rédigé des courriers adressés au ministère de la Santé, au ministère du Transport et même à la Banque mondiale! C’est le courrier de la Banque mondiale qui a fait bouger les choses.» Et de nous apprendre qu’ils ont été convoqués par le directeur de l’AGEROUTE suite à la lettre déposée à la Banque mondiale. Et ce dernier leur informe que si les travaux ont été arrêtés, c’est à cause d’un problème d’indemnisation des commerçants riverains. A ce niveau, écoutons toujours, notre interlocuteur : «Une ONG a recensé des commerçants à Gonzague. Après investigation, nous avons retrouvé le président de l’ONG à la mairie de Port-Bouët. Cette même mairie qui nous auparavant dit qu’elle n’avait aucune information relative à l’assainissement de la route de Gonzague ‘’Terre rouge’’ !» Aucune information ? Cela est impossible ! Gonzague ville fait pourtant partie intégrante de ladite commune… Ces agents de mairie ne sont-ils pas pourtant les premiers à venir chaque matin collecter de l’argent au titre des taxes communales auprès des commerçants qui essaient de survivre à «Terre rouge»? Alors pourquoi ce désintérêt face à cette situation qui devient un problème de santé publique?

Pour sûr, la route de Gonzagueville ne sera pas bitumée de si tôt!

Selon monsieur Kapé Robert concernant l’indemnisation, 165 personnes ont été recensées. Parmi elles 26 seulement ont été jugées éligibles -les autres ayant été écartées pour problème d’identification- et 5 personnes ont effectivement été dédommagées. Pour une voie de 4 ,5 kilomètres de long et 24 mètres de largeur avec des commerçants tout le long du tronçon, les personnes recensées sont bien infimes. A la surprise générale, personne ne savait qu’un recensement a été organisé, et que des personnes ont perçu de l’argent. Cette information a indigné les commerçants venus assister à cette réunion. Madame Pauline commerçant au même endroit elle, parle d’une arnaque orchestrée par la présidente du marché. Voici son témoignage : «La mairie nous a convoqué et a demandé à ce qu’on informe toutes les femmes qui vendent en bordure de route. Arrivée à la mairie, la présidente du marché a établi une liste de personnes et elle a recensé ses voisines du quartier ainsi que des femmes qui vendent dans le marché. Nous les concernées nous avons été jugées inaptes. Or moi par exemple, j’ai tous mes papiers en règle. C’est vraiment méchant ce qu’elle a fait, même si nous sommes en Afrique !» Nous dit-elle avec colère. Fière de son discours, l’assemblée l’acclame et la félicite. Nous sommes hélas en Afrique, comme l’a affirmé Mme Pauline! Un continent ou la corruption sévit comme une gangrène. Un monde ou les faibles sont chaque jour piétinés, et où ceux qui ont une once de pouvoir nous montrent que la pauvreté est une fatalité. Certains commerçants n’ont pas de pièces administratives, et tant qu’ils ne l’auront pas, ils ne seront pas indemnisés, quand bien même le recensement se ferait dans l’impartialité. La mairie ne pourrait-elle pas faire avancer les choses afin que ce projet majeur de bitumage de l’axe ‘’Terre rouge’’ déjà commencé devienne une réalité ?

DON JOSEE

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