Le décret du 6 décembre 2017 pris en conseil des ministres par le gouvernement ivoirien et relatif à la limitation à cinq (5) ans d’âge des véhicules importés, entre en vigueur, à en croire le gouvernement, dès la fin de ce mois de juin. Dans l’intention d’avoir leur point de vue, nous avons interrogé les premiers concernés : les usagers. Dans ce dossier, ils dénoncent vigoureusement ce décret.

Adayé Badou est un jeune chauffeur de gbaka de la ligne Adjamé-Yopougon et aussi propriétaire de véhicules depuis plusieurs années. Rencontré dans la matinée du mardi 26 juin dernier à Adjamé Liberté, alors qu’il s’évertuait à faire le plein de son véhicule, il n’a pas hésité à se prêter à nos questions. « Ce n’est pas une bonne décision de la part du gouvernement ! Il devrait se mettre à la place de ceux qui n’ont pas les moyens. Le gouvernement prend des décisions que lui-même ne peut appliquer !», a-t-il déclaré l’air remonté. « Moi, je souhaite que le gouvernement revienne sur cette décision qui risque d’appauvrir davantage la population. Tout le monde n’est pas diplômé. », a-t-il poursuivi.

Pour Mohamed Traoré, propriétaire de véhicule et résident dans la commune d’Adjamé, ce n’est pas une décision sérieuse. « En réalité, ce n’est pas les voitures importées qui polluent l’air mais plutôt le pétrole ivoirien qui est de mauvaise qualité. Et ça, nos gouvernants le savent bien. », fait savoir Mohamed T. « Je voudrais que le gouvernement nous laisse faire usage des véhicules importés sans tenir compte de l’âge. Il n’est pas donné à tout le monde d’avoir 10 millions pour s’acheter une voiture d’usine. Or, avec 1,5 ou 2 millions de francs CFA tout au plus, tout jeune peut s’offrir un véhicule d’occasion pour lancer un commerce de transport en commun et avoir la latitude de se créer une famille et subvenir à ses besoins .», ajoute-t-il. Même son de cloche pour, Eric Irié Bi, chauffeur de taxi à Cocody Angré depuis plusieurs années. « Pour moi, normalement, on devrait interdire les voitures en mauvais état de circuler. », précise-t-il. Pour un gérant de parc-automobile sis à Cocody Angré, qui s’est prononcé sous le sceau de l’anonymat, si l’Etat met en application ce décret, ce sont des milliers de jeunes qui vont se trouver au chômage. Selon lui, cette activité de vente et de location des véhicules importés est leur seule source de revenue. « Non seulement les jeunes sont sans emploi, mais en plus, on veut leur arracher le pain de la bouche. Dans tous les cas, nous espérons que notre syndicat va s’opposer contre à ce décret qui va contre nos intérêts! », s’exclame-t-il.

Face à ce problème qui défraie la chronique, les transitaires et importateurs de véhicules d’occasion projettent de se laisser à une grande manifestation le vendredi 29 juin. Cette annonce a été faite le mardi 26 juin au cours d’un point de presse animé au centre pilote de Port-Bouët. « C’est un décret impopulaire, irréaliste et inique dans la mesure où il va supprimer plus de 4 000 emplois directs et 10 000 emplois indirects.», estime Cyrille Djéhi, le secrétaire général du syndicat de la nouvelle génération des transitaires et importateurs de véhicules d’occasion de Côte d’Ivoire (SNGTIVO-CI). « Ce décret pris à la hâte par le chef de l’Etat, vient apporter un démenti cinglant à la politique de création d’emplois.», dénonce-t-il. Selon un confrère, le secrétaire général du syndicat de la nouvelle génération des transitaires et importateurs de véhicules d’occasion de Côte d’Ivoire, a relevé qu’au regard des difficultés de l’État à créer des emplois pour les jeunes, le gouvernement doit surseoir à ce décret et engager des discussions avec les acteurs du secteur en vue de trouver des solutions idoines.

« Ce décret est inique, il n’a pas de sens »

Selon le même confrère, plusieurs personnes se sont prononcées sur ce sujet. Pour Mohamed Ouattara, président de ‘’Regards citoyens’’, le gouvernement doit revoir sa copie parce que ce décret est inique et insensé. Quant au vice-président de l’Union nationale des exploitants des taxis-compteurs de Côte d’Ivoire, Camara Djibril, il pense que la raison de pollution de l’environnement évoquée par le gouvernement ne tient pas la route. « Il y a des véhicules de 5 ou 10 ans qui ne polluent pas forcément.». L’État gagnerait, selon ce dernier, à faire la guerre aux véhicules qui sont en mauvais état et qui circulent dans le pays au lieu de s’accrocher à ce décret de limitation d’âge des véhicules importés.

Rappelons que le décret interdisant l’importation de véhicules de plus de 5 ans d’âge pour les voitures particulières et les taxis, 7 ans pour les minibus de 9 à 34 sièges et pour les camions de 5 tonnes maximum, 10 ans pour les bus de plus de 34 sièges, les camions de 5 à 10 tonnes et pour les camions de plus de 10 tonnes, entrera en vigueur le 1er juillet 2018. Wait and see disent les Anglos-saxons.

DAHLIA GNOKPOYITEY

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