Quand vient le moment où le pouvoir semble complètement échapper à son détenteur, où par mille détails, on réalise que le roi est nu ; quand vient le moment où on devient cruel, sans état d’âme, où on gouverne sans scrupule, par le fer et le sang ; quand vient le moment où des collaborateurs prennent leurs distances et demandent à être recasés, alors la fin est proche.
Lorsqu’arrive ce moment où on devient comme fou, où on se perd dans une logique paranoïaque, où plus personne ne peut nous donner des leçons ; lorsque des langues se délient pour critiquer ouvertement ce que quelques mois ou quelques années plus tôt, personne n’osait dénoncer ; lorsque le sentiment que le pouvoir n’imprime plus sa marque ni son influence s’impose, et que l’opinion et les médias ont déjà la tête ailleurs, alors la fin est là.
Monsieur Déby souffre (et ce n’est pas une excuse) clairement, au-delà de cette histoire de cirrhose connue de tous, d’une espèce de paranoïa chronique. Or, que développe le leader paranoïaque ? Staline, Hitler, Mobutu, Habré, Mussolini, Yahya, Mugabé, Compaoré et tant d’autres nous l’enseignent encore : le leader paranoïaque développe l’hypertrophie du moi ; elle est considérée, par certains psychanalystes, comme la psychorigidité, l’obstination, l’intolérance, le mépris d’autrui et le fanatisme. Cette surestimation de soi entraîne l’orgueil ambitieux, l’égoïsme souverain, la vanité, masqués parfois par une fausse modestie superficielle.
Monsieur Déby développe une grande méfiance à l’égard du peuple tchadien, il sait qu’il le fera tomber tôt ou tard, d’un instant à l’autre. Cette grande méfiance prépare les sensations de persécution par autrui, les sentiments d’isolement. Son univers devient malveillant et envieux. Il le conduit à la susceptibilité, à la réticence et à l’hyper vigilance.
Monsieur Déby se berce dans la fausseté du jugement avec cette crise que nous traversons ; elle est secondaire à la pensée paralogique. Elle se traduit par des interprétations fausses et un subjectivisme pathologique. Elle se fonde sur un système où domine un sentiment de persécution ou de grandeur. L’autocritique ou le doute est impossible, l’autoritarisme et l’intolérance tyrannique vis-à-vis de l’opinion de l’entourage sont fréquents. Que vit-on actuellement ?
Et ce n’est pas tout. Parce que paranoïaque, Monsieur Déby tombe aussi dans l’inadaptation sociale ; sa sociabilité est faible, son attitude globale est toujours exaltée, rigide avec un comportement revendicatif, rancunier, quérulent. Il se crée en permanence des ennemis (intérieurs et extérieurs) pour légitimer son pouvoir monarchique, sa dictature sans passion.
La fin d’un règne nous parle aussi de la personnalisation du pouvoir que beaucoup d’entre nous jugeons excessive depuis ¼ de siècle, et qui fait du Président un monarque dont les moindres signes de faiblesse sont décortiqués et cruellement commentés. La fin d’un règne évoque clairement le temps du politique, dont les ruptures sont de plus en plus marquées et de plus en plus rapides. Un temps dans lequel la distance entre l’illusion de l’élection et la déception, voire la haine du vainqueur d’hier, est de plus en plus faible.
L’Etat doit survivre, mais le citoyen peut mourir… Et dire qu’il y a encore des intellectuels et des hommes de médias, des analystes qui soutiennent ce régime en lui trouvant toutes justifications possibles, c’est simplement triste !

DON EBERT

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