La 10ème édition du SILA a-t-elle été une réussite ? En s’appuyant sur des chiffres balancés sur facebook, d’aucuns sont dubitatifs voire déçus. 150 000 visiteurs pour seulement 5000 livres achetés ? Ils sortent alors les calculettes. Ratio : 1 livre pour 30 visiteurs. Le verdict est implacable : « Quoi ? » « C’est peu hein » , « je refuse de croire » , « ils sont allés faire quoi là-bas ? » , « et avec ça vous êtes contents » etc. Sait-on seulement d’où nous venons ? En 2014, il n’y avait que 75 dédicaces. Et cela dans l’indifférence totale de la population. Du Plateau au palais de la culture en passant par le palais des sports, le SILA a fait du chemin.

Vous voulez du chiffre ? Les gouvernants nous disent que notre pays est la 5è puissance économique et nous en rions car sur le terrain nous ne le sentons pas. De même, nous entendons dire que les taux de réussite aux examens scolaires, depuis quelques années, frôlent le miracle mais nous ne nous laissons pas distraire. Nous savons que ces taux sont loin de la réalité et du véritable niveau des élèves. Pour le SILA, des chiffres enivrants mais faux (comme le font les politiciens) auraient pu être balancés et il se trouverait des gens pour applaudir. Alors, réjouissons-nous de ces chiffres et travaillons à les faire grimper.

Le SILA est la vitrine de l’état de santé de l’industrie du livre en Côte d’Ivoire. La participation de la plupart des grands éditeurs (nous souhaitons que tous y participent), libraires et imprimeurs est un important point sur lequel il ne faut pas cracher. Nous avons déjà eu des SILA de 8 stands. Le SILA est un indicateur du degré d’attachement des Ivoiriens au livre. De 50 000 à 75000 visiteurs. De 75000 à 150 000 visiteurs. La pente est ascendante.

Le SILA, c’est le lieu de rencontre entre les lecteurs et les écrivains, et cette rencontre n’a pas de prix, on ne peut la quantifier. On n’imagine pas l’impact émotionnel d’une rencontre entre un lecteur et son écrivain préféré. Le SILA, c’est le lieu où tous les acteurs de la chaîne du livre se retrouvent. Des rendez-vous et des contacts pris, des agendas retouchés et mis à jour. Des partenariats de collaboration signés, scellés ou projetés.

Le SILA traduit le renouvellement de notre engagement à aboutir à une nation qui lit, un véritable pays du livre. Autant des gens se battent pour éclairer les rues autant d’autres, nous écrivains, nous battons pour éclairer les consciences et les cœurs, là où naissent les sentiments. Il faut que nos référents en matière de jugement d’un tel évènement aillent au-delà des chiffres et des bénéfices financiers pour arpenter le couloir du symbole. Je suis un écrivain, je suis un artiste. Je suis un producteur et un pourvoyeur d’émotions. Pour moi le symbolique est supérieur à l’anecdotique.

Le SILA c’est aussi les séances de contes où les enfants séduits par le jeu des conteurs se laissent aller à un bonheur ineffable. Ils repartent à la maison, joyeux en promettant de revenir l’an prochain. Ça c’est plus que les chiffres.

Le SILA ce sont les panels. Avec des interventions et des débats d’idées. Le SILA ce sont les ateliers de formation. Le SILA ce sont les prix littéraires attribués. Nous tendons vers une effervescence des idées. Et ça c’est plus que les espèces sonnantes et trébuchantes.

Le SILA va au-delà des chiffres et des bénéfices à faire. On n’achète pas un stand de 300 à 500 mille francs dans l’espoir de faire des bénéfices de 1 million. Notre aîné Fodjo Abo a pris un stand à lui seul. Son objectif n’est pas de faire des bénéfices mais de participer à cette fête en l’honneur des idées.

Le SILA n’est ni un festival de glace ou de grillades. L’enjeu premier du SILA n’est pas commercial. L’enjeu principal c’est intéresser les Ivoiriens au livre. Les habituer à privilégier les choses de l’esprit. Des centaines d’enfants qui sont mobilisés pour visiter les stands, palper les livres, prendre des photos avec les auteurs… Ce sont les signes que l’avenir est promoteur… C’est dans le cœur des enfants qu’il faut semer la graine de la lecture. Ça c’est plus que les bénéfices !!!

Surtout ne pas passer les « grognons » à la guillotine. On a besoin de tous pour construire un monde. Les petites remarques, les douces critiques, les procès silencieux… il faut en tenir compte pour améliorer l’existant.

Pour paraphraser Aimé Césaire : Un livre, un autre livre, encore un autre livre et tenir gagné chaque livre lu. C’est d’une remontée jamais vue que je parle, mesdames et messieurs. Aller d’un État de non-lecture à un État de lecteurs.

Ne boudons pas notre plaisir ! Félicitons ceux qui se démènent pour que nous ayons un SILA qui prend du muscle. Félicitations à l’ASSEDI. Félicitations aux écrivains ! Félicitations aux libraires ! Félicitations aux lecteurs ! Félicitations à tous !

Macaire ETTY,
Président de l’AECI

 

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