Mai 2017, je faisais publier un article, dans les colonnes de l’Eléphant déchaîné, cosigné avec un aîné et complice Fobah sur la brillance politique de Kouadio Konan Bertin (KKB) qui, par la force argumentative qu’il n’a de cesse de déployer au PDCI-RDA, son parti, a fini par, aujourd’hui, mettre d’accord militantes et militants du PDCI-RDA sur la justesse de son combat. Au-delà du PDCI-RDA, il fait naitre autour de lui un enthousiasme grandissant à propos de son anticipation des événements. Or donc, il avait prévenu. Le temps n’est-il pas restaurateur ? Aujourd’hui, les jeux semblent faits. L’antagonisme est là. Je soumets a nouveau notre texte à la lecture des internautes. Bonne lecture a tous et que Dieu nous garde

Cette contribution que nous soumettons à lecture côtoie de près la sociologie politique qui étudie les citoyens dans leurs rapports avec l’État et ses institutions. Il s’agit aussi, d’une façon plus générale, d’analyser tout ce qui concerne et fonde les relations de domination entre les personnes et les groupes humains. Pour ce qui nous intéresse, la problématique à résoudre est d’établir parallèlement deux attitudes concomitamment : la première est relative à la vie au et du PDCI-RDA depuis sa débâcle à l’élection présidentielle de 2010 jusqu’à cette contemporanéité. L’autre est relative à l’attitude d’un de ses militants actifs Kouadio Konan Bertin (KKB), de cette même période à cette contemporanéité.

Drôle de parti, ce PDCI-RDA qui jalouse les esprits brillants et indépendants !

KKB est une espèce d’extraterrestre tombé dans la marmite politique de la Côte d’Ivoire et du PDCI-RDA. En revanche, il faut lui reconnaître une intelligence politique et un raisonnement stratégique d’une finesse inouïe qui a su intégrer dans sa stratégie l’environnement actuel, le système concurrentiel sur le plan politique et sa stratégie d’innovation en suscitant le courant Renouveau-renaissance depuis 2013.
KKB a parfaitement intégré le processus d’innovation qui est un processus long et que l’on peut décomposer en quatre phases :
• dans la phase de recherche de l’idée, il a suscité le courant Renouveau en partant du principe que le système politique ivoirien était en décomposition et la classe politique conduite par une élite gérontocrate;
• dans sa phase de développement, il a organisé et mobilisé ses troupes en rendant son idée faisable ici comme ailleurs, surtout dans les pays comme la France, Les USA, l’Angleterre, la Belgique, l’Italie… dans chacun de ces pays dont la taille du corps électoral ivoirien est impressionnante, des salles pleines ont servi d’auditoire à KKB pour vendre son projet de Renouveau-renaissance pour la Côte d’Ivoire via le PDCI-RDA;
• dans la phase d’industrialisation, pour accrocher et surprendre ses concitoyens, il a lancé son produit marketing le manioc et son dérivé l’attiéké;
• dans la dernière phase, il essaie de commercialiser son idée de Renouveau-renaissance en en tirant un profit important et en mobilisant l’ensemble des forces vives de la nation pour capitaliser l’ère politique nouvelle. Le nombre impressionnant de jeunes candidats, puis élus députés en est le signe.

Le PDCI-RDA à l’ancienne, KKB à la nouveauté !

Le PDCI-RDA n’est pas un nouvel acteur de la vie politique ivoirienne. Il fonctionne à l’ancienne. Il est l’alpha de la Côte d’Ivoire moderne. Il a géré ce pays dès son accession à l’indépendance jusqu’au maudit coup d’Etat militaire de 1999. Après cet orage, on n’a plus jamais senti le poids de ses idées sur la vie sociale politique ivoirienne ; et sur le plan sociétal, le PDCI-RDA n’a pas beaucoup d’idées novatrices en cette dernière décennie, si ce n’est que celle liée au RHDP, une alliance qu’il a du mal à se défaire malgré les coups de fouet reçus le conduisant à la guillotine.
KKB est au centre de toutes les attaques pour sa brillance et sa réussite politique. Il fait des jaloux et il fait peur.
KKB a été, sur la ligne de départ, le plus jeune candidat à l’élection présidentielle, à seulement 46 ans. C’est l’une de ses forces, celle qu’il met en avant : il ne fait pas partie de la vieille classe politique et incarne donc un renouveau que nombre d’électeurs appellent de leurs vœux. Son côté provocateur, franc-tireur, même quand il était successivement SG de la CERAC, Président du Mouvement de la Nouvelle Génération, Président national des jeunes du PDCI-RDA, explique sans doute en grande partie sa popularité. En outre, l’ancien Président des jeunes du PDCI n’est pas si néophyte en politique. Pendant des années, et ce depuis les années chaudes universitaires sous Alassane Ouattara, premier ministre d’alors, jusqu’à l’après coup d’Etat de 1999, il a donné sa poitrine pour l’honneur et la dignité du PDCI et de son président contraint à l’exil. Il connait bien l’histoire, les mœurs et les pratiques de ce pays. Que ne lui a-t-on pas reproché ? Il est trop jeune, il n’a pas d’expérience, quel est son vécu politique ? Sont entre autres reproches venant de sa famille politique et des concitoyens qui lui étaient comme des boulets. Le manque d’expérience se retourne en avantage dans le contexte actuel de profond discrédit de la classe politique. L’aspiration à son renouvellement est tel qu’un nouveau venu se trouve vite auréolé d’une écoute et d’une espérance enviables. Voilà que les faiblesses se muent en atouts pour lui. Peut-être que lui, un jour, reviendra dans les moindres détails sur les épisodes de 1992, 1993, 1994, 1995, 1998, 1999, 2001, 2005, 2010 et 2015.

Entre temps, que fait le PDCI-RDA devenu excessivement impétueux en incohérences ?

Le Parti est devenu méconnaissable, un parti de suiveur dont l’électorat fagocité n’a plus de repères; le PDCI est devenu ennemi historique de l’élection présidentielle, par son refus volontaire de compétir en 2015. Le PDCI est devenu dépendant des salariés de l’ÉTAT-NATION RDR, qui représentent pourtant, dans le monde du salariat ivoirien, des arrivistes si l’on s’en tient à l’existence de ce parti. Le parti n’a plus de crédibilité puisqu’il se renie et renie ses résolutions prises en Congrès ordinaire. Confère celui d’octobre 2013. En voici l’érection vitale en termes de résolution : pour l’élection d’octobre 2015, le PDCI-RDA ne peut ne pas être à cette consultation. Elle y sera et présentera un candidat, mieux un militant actif. Tous, se sont félicités de cette belle résolution. Qu’est-elle devenue un an plus tard ?
Battue en brèche, rendue caduque à un congrès extraordinaire pour la seule raison de se complaire à être la roue du carrosse RDR dans le RHDP. La question à se poser, que vaut le congrès du parti ?
Historiquement, le congrès du PDCI qui était une procédure d’arbitrage des ambitions personnelles dans le parti où l’autorité intellectuelle et politique était en jeu, a totalement disparu. C’était une manière de trancher quand personne ne parvient à faire valoir un point de vue. Aujourd’hui, le congrès traduit aussi bien la fragilité de l’organisation politique que le désarroi intellectuel dans ce parti. Le congrès étant une procédure de sélection, l’ensemble des congressistes a choisi d’aller à reconquête du pouvoir d’Etat en 2015 par un candidat-militant-actif. Il devrait y avoir nécessairement un candidat choisi. Mais, cela n’a pu voir le jour, puisqu’un adversaire politique, en l’occurrence Adama Bictogo a pu dire que lorsqu’il n’y a de personnes valeureuses au PDCI pour prétendre compétir, l’on pouvait demander au voisin RDR de lui prêter un candidat. Ce qui a été.
Une autre des incohérences reste celle de la reconduction de Youssouf Bakayoko comme représentant du PDCI à la CEI pose un problème de logique. Le président Bédié, candidat du PDCI à la présidentielle de 2010, a accusé au congrès d’octobre 2013 la CEI et son président Youssouf Bakayoko de lui avoir volé 600.000 voix au profit de ses adversaires. Et pourtant Bédié a renouvelé sa confiance au même Youssouf Bakayoko.
Le grand problème du PDCI, c’est surtout la fragmentation du paysage politique par son adossement au RDR. KKB a très vite compris que les gens s’enferment désormais dans leur groupe, leurs propres convictions, ce qui rend les choses très complexes pour les grandes formations populaires traditionnelles. Il lui fallait pourfendre une telle pensée pour provoquer cet éclectisme politique ou encore un œcuménisme politique qui rassemblait tout le monde en un tout. Il a compris que de 2010 à 2015, le PDCI était exclus du paysage politique national par la perte de ses bastions régionaux après quelque quarante années quasi ininterrompues au pouvoir. Il y avait donc un grand souhait évident d’un changement radical, d’un remède nouveau devant les défis du moment. Or, le PDCI-RDA forme traditionnellement un parti de ce système, respectueux de la gestion des institutions. Ce qu’il se refusa d’admettre, c’est que cette idée ayant force de loi inhérente au PDCI soit détournée et abandonnée.
Pour donc mettre sous éteignoir cette vénalité inouïe, KKB et bien d’autres ont bien voulu interpeller les consciences sur le devoir de mémoire à observer pour Félix Houphouët-Boigny, bâtisseur de la Côte d’Ivoire émergente. Le PDCI-RDA de Félix Houphouët-Boigny qui a mené les combats les plus nobles qui ont avantageusement transformé notre pays sous sa conduite ne pouvait manquer le rendez-vous de 2015 sans laisser ses nombreux sympathisants dans le désarroi. Le PDCI-RDA, de ce point de vue, devait assumer sa vocation à reprendre le gouvernail du navire ivoire en réponse à nos compatriotes qui se posent des questions sur leur propre avenir et, plus encore, sur celui de leurs enfants.
La longue crise de cohésion sociale que nous traversons a entraîné une rupture sans précédent dans les mœurs ivoiriennes, des formes d’appartenance symbolique, une perte des repères et une mise en abîme des valeurs qui structuraient notre vivre ensemble. Le PDCI-RDA l’a réussi hier dans des circonstances historiques peu favorables. Et c’est cela qui est chanté dans notre hymne « c’est le parti fondé pour servir le vaillant peuple ivoirien ». Au lieu de ce sacerdoce que ne cessait de rappeler KKB, le parti a rechigné en préférant être la roue du carrosse du RDR. Malgré ce rôle de cheval pour lequel on entretien la pensée chimérique d’une cogestion du pouvoir en raison de quelques gyrophares, il se trouve que le même PDCI se veut rassurant et optimiste pour une alternance 2020. Pendant que le RDR expose subtilement les symptômes de raffermissement du pouvoir, Soumahoro Amadou, le Secrétaire intérimaire depuis bientôt une décennie, asserte dans les colonnes de Le Patriote que l’allié le plus sûr du RDR dans le RHDP pour le pouvoir, c’est le PDCI.
Joël N’guessan, porte-parole du RDR finit de convaincre les incrédules de cette pensée chimérique de l’alternance 2020 que la Côte d’Ivoire n’est pas un royaume pour qu’on parle de succession. C’est dans les régimes féodaux que la notion de succession trouve son sens. La Côte d’Ivoire est une République et non un royaume. Les mécanismes pour accéder au pouvoir d’Etat et espérer remplacer celui qui est au pouvoir sont connus de tous. C’est le peuple qui décide de qui doit gouverner à travers une élection au suffrage universel. Alors, parler sans cesse de succession est impropre. (…) A propos de l’alternance, il fait entendre que l’alternance crée des passions inutiles et que la politique n’est pas un jeu de ping-pong. Pour le RDR, l’appel de Daoukro sert d’argument pour ceux qui militent en faveur et avec détermination de l’arrivée au pouvoir d’un militant actif du PDCI en 2020.
A les en croire, le PDCI ne serait pas reconnaissant du bien reçu par eux RDR, le PDCI ne se soucierait point du peuple de Côte d’Ivoire et n’aurait aucunement de respect pour lui. Ce qui intéresse le PDCI, recevoir l’offrande du RDR sur un plateau doré. Voici qui est clair. Le RDR n’a nullement cette envie de quitter le pouvoir. A ce propos, remonte dans nos esprits la déclaration de Soumahoro Amadou qui laissait entendre que : si nous perdons le pouvoir, nous retournons en exil avec femmes et petits-enfants. L’alternance est plus un slogan politique qu’une réalité politique.
L’échec de l’appel de Daoukro et la mort prématurée de l’alternance 2020.
L’appel de Daoukro du 17 septembre 2014 et les contestations qui ont suivi alors que le XIIème Congrès du PDCI avait décidé que ce parti aurait son propre candidat pour l’élection présidentielle d’octobre 2015 parmi les militants actifs ont fait germer l’idée opportuniste d’une alternance en 2020 qui verrait le PDCI accéder au pouvoir d’Etat. Cette idée est au centre d’une pomme de discorde entre alliés au sein du RHDP parce que le RDR ne veut pas clairement se déterminer par rapport à l’alternance en 2020 ou se détermine en opposition à l’éventualité de cette idée. Dans le même temps, la stratégie du PDCI pour que ce vœu se concrétise le moment venu n’est pas assez lisible pour de nombreux ivoiriens et même pour certains de ses militants. L’exercice intellectuel auquel nous nous livrons à travers cette contribution est de déceler les écheveaux de cet imbroglio et de comprendre la logique du PDCI relativement au concept de lutte politique.
Malgré ses dehors d’unité, l’alliance PDCI-RDR reste une situation dialectique caractérisée par un équilibre des contraires tenable du fait des deux principaux leaders de ces formations politiques mais précaire quand on se réfère au bouillonnement qu’il y a dans les bases. Dans cette alliance, l’un des pôles contradictoires reste actif, dans un antagonisme feutré, alors que l’autre pôle se berce de l’illusion de l’existence entre eux d’une contradiction morte. L’objectif du RDR, c’est la conservation du pouvoir, même au-delà de 2020 et, il ne s’en cache pas. Les récentes sorties du secrétariat général du RDR en sont la parfaite illustration. Cet objectif ne peut être viable dans le long terme que si le pôle PDCI est neutralisé d’une manière tactique, c’est-à-dire réduit à l’état de vestige et disparaisse comme pôle contradictoire.
« Même si on n’aime pas le lièvre, reconnaissons qu’il court bien. Il n’y a pas plus aveugle que celui qui refuse de voir. Quand ça commençait KKB avait dit !»
Dans le fond, de toutes les péripéties actuelles de la vie politique nationale auxquelles nous sommes confrontées, il n’y a pas lieu de nier la paternité a priori et même a postériori de cette avalanche d’axes articulés et accolés au combat politique d’un valeureux combattant aux armes réglementaires légales qui jamais n’a fui ses responsabilités. Ce combattant, autrefois raillé, indexé, vilipendé, apostrophé et ayant essuyé une rebuffade est aujourd’hui celui dont les idées sont reprises en refrain dans toutes les rencontres et tous les séminaires du PDCI-RDA.
Dans une interview accordée vendredi 27 février 2015 à la chaîne TV5, Henri Konan Bédié affirme qu’en soutenant la candidature unique d’Alassane Ouattara cette année, le PDCI-RDA est assuré de revenir au pouvoir en 2020 et qu’il a reçu de sérieux gages. Aujourd’hui, devant des insultes du RDR tournant Bédié en dérision et même le traitant d’avoir une cécité volontaire ou même encore des problèmes démentiels, lui et son PDCI ne peuvent refugier que dans les axes de combat déclinés par KKB pour un PDCI-RDA conquérant. A ce sujet, voilà exactement ce que martelait KKB en son temps : seul, Alassane Ouattara peut aujourd’hui confirmer ou infirmer publiquement ce qu’a dit Bédié. Le fera-t-il ? Peut-il le faire ? Nous, nous savons bien qu’il n’en a jamais été question et qu’il s’agit d’un mirage, d’un rêve. Bédié veut se donner bonne conscience pour rassurer ses militants. En 2020, serons-nous là pour voir si cet engagement sera respecté ? Bédié sera-t-il là pour le vérifier ?
Ceux qui jadis refusaient d’aller à la reconquête du pouvoir d’Etat, sont aujourd’hui ceux qui sont porteurs de la torche « pouvoir d’Etat ». Ceux qui jadis avaient balayé du revers de la main l’idée d’un candidat-militant-actif pour l’élection présidentielle, sont ceux qui aujourd’hui prêchent l’idée radicale et indiscutable d’un candidat-militant-actif pour l’élection présidentielle de 2020. Même mieux, ils parlent d’organiser des primaires pour y désigner le meilleur.
A ce propos, rien de nouveau au pays PDCI-RDA. A cet effet, il est prévu la tenue d’une convention après la tenue du congrès pour débattre, choisir et retenir le candidat détenant le meilleur profil pour défendre les couleurs du parti à l’échéance présidentielle. Tristement, voici bien des temps que le PDCI-RDA n’a plus tenu de convention pour désigner son candidat pour l’élection présidentielle. Heureux sont les militants qui s’honorent de telles dispositions qui augurent d’une conviction de conquête de pouvoir. Toutefois, si ce combattant valeureux n’avait pas maintenu dans l’esprit collectif des militants PDCI la flamme de participation à l’élection présidentielle, qu’en serait-il de ce parti ? Grâce à lui et à ses arguments forces restés constants et en érection inflexibles.

Il n’y a pas plus aveugle que celui qui refuse de voir.

Dr. Théodore KONIMI KOUADIO,
Université Félix Houphouët-Boigny

Pr. Pascal Eblin FOBAH,
Université Alassane Ouattara

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