Voilà exactement 58 ans que notre pays a obtenu son indépendance au prix de mille et une lutte pour certains quand d’autres estiment que c’est une indépendance factice octroyée par la métropole. Mais là n’est pas le débat. Qu’avons-nous fait de nos 58 ans? Quel bilan pouvons-nous faire de notre indépendance ? Sans en être un expert en politique africaine parce qu’elle est toute particulière,la façon de faire la politique en Afrique. Nous pouvons dire sans grand risque de nous tromper que nos indépendances ont un dénominateur commun: la dépendance. Cette-ci fois sans le travail forcé… mais sous le joug de mesures draconiennes qui nous maintiennent dans la servitude.
Des experts de la gouvernance viendront faire un bilan prodigieux, émouvant de notre indépendance. Mais sans toutefois, de manière honnête, parler de nos tares que nous trainons depuis plus d’un demi-siècle : La confusion du genre, confusion des caisses de l’État à nos propres poches, collusion au sommet de l’État, gestion du pourvoir par clan, favoritisme, tribalisme et népotisme…Tout ce qui donne un visage hideux à notre politique. Le non-respect des droits fondamentaux des citoyens. La liste est très longue.
Pour coller avec l’actualité, l’Union européenne nous a encore épinglé sur notre mode de gouvernance. 58 ans après, l’Union européenne doit nous dicter la conduite à tenir. Tellement nous sommes des irresponsables! L’Union européenne a interpelé notre pays sur ses « dérives totalitaires ». Quelle honte pour un sexagénaire !
Dans son rapport confidentiel cité par l’AFP, l’UE dit ceci : «La Côte d’Ivoire affiche l’image rassurante d’une stabilité retrouvée, portée par des taux de croissance élevés», mais «les indicateurs sociaux stagnent (taux de pauvreté à 46 % en 2015)», indique le document datant de juillet 2018. «La population s’interroge de plus en plus ouvertement sur cette croissance qui ne lui semble pas ou peu bénéfique», et «tolère d’autant moins les largesses financières dont bénéficient les cercles du pouvoir», «dont l’enrichissement ces dernières années est parfois spectaculaire», ajoute le rapport. On va dire merci à cette Union européenne d’avoir mis « sa bouche dans notre affaire ». Sinon cela fait plusieurs décennies que nous dénoncions, entre nous-mêmes, nos dérives. Mais au lieu de s’écouter, on se tue, on s’emprisonne et on s’empoisonne. On crée les conditions du chaos. On finance des rébellions, on tire sur des pauvres, des innocents… On va jusqu’à demander à l’Union européenne de mettre un embargo sur les médicaments pour que le pouvoir nous revienne rapidement. Mais une fois ce pouvoir en main, nous faisons pires que notre prédécesseur. Quelle pitrerie et petitesse ?
58 ans après, nous continuions d’aller soigner nos dents et nos vilaines hernies ailleurs. Et curieusement, la ministre de la Santé qui assurait et rassurait que nous avions un plateau technique performant et des hôpitaux bien équipés va soigner son époux ailleurs. Et « Dieu » dans son grand amour l’a arraché à l’affection des siens. Yako ! Nous continuons de croire que nos hôpitaux sont très bien équipés et que la prochaine fois aucun de vos parents n’ira se faire soigner ailleurs. Nous resterons tous ici et vivrons !
58 ans après, nous avons décidé de faire une grande parade militaire sur un boulevard qui continue de porter le nom d’un ancien président français avec des armes achetées chez les grandes puissances à coûts de milliards pour traquer les opposants, pardon protéger le pouvoir. 58 ans après, nous avons presque toutes les lois votées et des décrets pris mais aucune application. Un peu trop de bruit pour de petites choses.
58 après, nos rois et chefs traditionnels se comportent comme des gamins et descendent honteusement dans les politiques avec leurs larges pagnes qui puent le ridicule. Ils sont plus que jamais devenus des laquais du pouvoir appelant même à un troisième mandant de celui qui a décidé de leur donner un statut. Une sorte de coquille vide pour les avoir dans une institution creuse et les entretenir avec l’argent du contribuable.
58 après, nous avons des clowns à la tête de nos États qui n’ont pas de vision pour leur peuple avec des slogans creux et vagues.
58 ans d’indépendance. Et après ?

Francis TAKY
Journaliste-écrivain

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