La Côte d’Ivoire s’est inscrite, depuis les années 90, sur la liste des pays où la violence, dans toute sa laideur, est le mets le mieux partagé. Ce qui nous a coûté une guerre sordide pour certains et salvatrice pour d’autres; guerre que nous continuons d’en payer chèrement et non fièrement les frais. Dans un tel contexte, le journaliste, témoin privilégié des évènements, ne peut pas rester dans sa caverne. Il analyse le jour et le livre à ses lecteurs. Mais bien au-delà de son rôle quotidien qui est de livrer l’information, il se donne le devoir de fixer dans le temps et dans l’espace des réflexions sur des problématiques précises. Traoré Moussa emboîte donc le pas à ses devanciers et livre, dans un style particulier à lui, la position de dix intellectuels ivoiriens dont la renommée ne souffre d’aucune tergiversation. Dans ce bouquin de 126 pages édité par la maison d’édition «Maïeutique» et regorgeant dix grandes interviews de dix sommités d’intellectuels, Traoré Moussa dit MT, actuel président de l’Union nationale des journalistes de Côte d’Ivoire et membre du Comité Directeur de la fédération africains des journalistes (FAJ), sert les analyses et réflexions de ces intellectuels.

L’autocritique des intellectuels

De la question du mot «Ivoirité», ce néologisme créé par Pr Niangoran Porquet, pointé du doigt accusateur comme la source des tous les maux, les intellectuels sont presqu’unanimes que ce concept, qui a eu des dérives cultuelles pour se poser sur la gadoue politique avec un contenu nauséabond à lui donner par les politico-magiciens, est une des sources principales de nos querelles byzantines aux conséquences monstrueuses. «C’était un concept d’intégration culturel. Les Ivoiriens et autres Africains qui vivent en Côte d’Ivoire devaient travailler jusqu’à ce qu’il ait une symbiose», dixit Bernard Zadi Zaourou. Dans les réponses à la question central qui est l’épine dorsale du livre, chacun des dix intellectuels interviewés y va de son côté. Pr Sidibé Valy estime que «des intellectuels ont choisi l’exil intérieur». Pr Zadi Zaourou va plus fort et déclare que «Kotchy, Memel et moi, on s’est trompé».Pr Mamadou Koulibaly lui, dit avoir «honte d’être intellectuel ivoirien». Pr Ouraga Obou est sans ambages: «Nous, les intellectuels, avons failli ». L’actuel ministre de la Culture et de la Francophone, Maurice Kacou Bandaman, se lance dans une autosatisfaction: «J’ai joué mon rôle d’intellectuel.» Venance Konan lui emboîte le pas et affirme que «tous les intellectuels n’ont pas démissionnés». Quant au Pr Koné Drame, celui-ci demande à ce qu’on «relativise la notion de démission des intellectuels ivoiriens».

Polémique sur la Constitution de 200

Sur la Constitution de 2000 qui est en phase d’être remplacée, Pr Barthelemy Kotchy est on ne peut plus clair: «Notre Constitution a été tripatouillée.» Et professeur Samba Diarra préconise ceci: «Il faut suspendre cette Constitution.» Mais, Pr Sery Bailly prend le contrepied et explique que «la Constitution n’est pas le problème». C’est donc un ensemble de réflexions hétéroclites et de prises de positions étayées d’argumentations florissantes que les intellectuels nous livrent, à travers cette œuvre de Traoré Moussa dit M.T qui se lit avec une aisance sans égale. Mais à côté de ces réflexions menées par nos éminences grises, il faut noter que certaines affirmations de nos intellectuels les rattrapent aujourd’hui. Ils devraient donc avoir le courage et l’humilité de le reconnaître comme l’a si bien fait le Pr Zadi Zaourou. Une chose est à rattraper dans le casting de Traoré Moussa pour la réalisation de cet ouvrage; c’est que dorénavant, la gent féminine doit être prise en compte en interrogeant au moins une femme intellectuelle. Une question du genre dans ce genre littéraire…

FRANCIS TAKY

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