Voilà la magnifique œuvre que Dan Singault met à la disposition du lecteur. On serait tenté de demander pourquoi pas « Les voix des peuples » ? Car dans les voix il y a le cri de chacun de nos peuples.
Il y a le cri du premier peuple qui se sert de la grande majorité, des autres peuples et des fruits de leurs efforts quotidiens. Il parle, il encense, il trompe, il tue même, au nom du peuple. C’est le peuple auquel appartient le Président Tchecloss de la république du Gravolcoths et les deux cadres.

Il y a ensuite, le cri du peuple des intellectuels. Ils gueulent, ils piaillent, ils critiquent, ils haranguent, ils dénoncent tout. Mais ils sont incapables d’assurer leurs idées. Car dès que le premier peuple leur sert les strapontins et les menus fretins, ils se transforment en hagiographes invétérés et en laudateurs verbeux, ils sont versatiles à souhait. Ce sont le deuxième cadre, les professeurs et le pasteur.

Il y a le cri du troisième peuple, celui des intermédiaires, dont se servent les tenants du premier peuple. Ce sont : Albert Glamy et kouassy Lagauche.

Enfin, il y a le cri du quatrième peuple, le bas peuple, la plèbe, le marchepied idéal de tous les autres peuples. Il travaille beaucoup et gagne très peu. Ce sont les clients de maquis de Moh Adjoua et Moh Adjoua elle-même, les clients du bistrot de Suzy et Suzy elle-même, les vendeuses du marché, le chauffeur de taxi, les habitants de Blapleu. On les utilise dans tous les sens et par tous les moyens parce que tout le monde se réclame d’eux.

C’est pour cette raison qu’on serait tenté de parler de ‘’ les voix des peuples’’. Mais, que ce soit l’une ou l’autre appellation, Dan Singault donne la parole, ou du moins porte la parole que nous tenons tous sous cape, sur la place publique. Il ne la donne pas à quelqu’un. Il laisse plutôt chacun dire ce qu’il vit, montrer ce qu’il vit, et ce qu’il aurait dû vivre s’il s’en tient aux promesses à lui faites et aux ressources générées par les efforts combinés de tous ceux de sa condition.

En choisissant le genre dramatique pour porter les différentes voix, Singault veut mettre en scène directement le vécu quotidien au lieu de le suggérer ou l’interpréter. Car l’art dramatique est le creuset de la peinture sociale dans sa manifestation visuelle et matérielle. Chacun y joue son rôle et transmet son message, sa vision du monde. La théâtralisation de cette vie que nous savons tous, déjà dramatique, nous met en face du miroir qui nous renvoie fidèlement notre  manière d’être et notre manière de faire.

En effet, la République du Gravolcoths à cinquante –huit ans d’âge physiologique a encore dix ans d’âge mental, avec la fourberie et les impérities de ses dirigeants en prime. Elle ressemble trait pour trait à ces nombreuses républiques où on chasse à coups  d’armes sophistiquées, l’autre pouvoir, et on reproduit ensuite, avec sa touche personnelle, ce qu’on lui a reproché au nom du peuple et qui lui a valu les coups de son agresseur. Le pauvre peuple qui a offert, à son corps défendant, sa complicité à l’acte de violence finalement inutile, se rend compte de la supercherie, car nonobstant le changement de dirigeants  son quotidien s’enfonce inexorablement dans l’abîme de la misère.

Alors lorsqu’on vient lui demander au nom du président Tchecloss ses besoins, il tombe des nues, puisqu’au départ, c’est le prétexte utilisé par le Président pour chasser du pouvoir son prédécesseur.

Merci donc à Dan Singault d’avoir porté les voix du peuple sur la place publique, car nous avons la fâcheuse habitude de plaindre notre sort dans nos salons devant nos femmes et nos enfants, dans les bureaux devant nos subalternes et dans les salles de classes devant nos élèves. Parler ne suffit peut être pas. Mais il a avantage de dire à l’autre qu’on sait.

BOLI BI IRIE PIERREProfesseur d’espagnol

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