La grisaille de la presse ivoirienne comprend à peu près 20 quotidiens, 15 hebdomadaires et plus de 20 journaux d’autres périodicités. Ces tabloïds qui dans la majeure partie des cas, marqués politiquement, sont à la traîne. Les journalistes, travailleurs acharnés (Bac +3 minimum) de ces organes dont on ne s’en souvient que lorsqu’ils sont décédés ou sont dans les geôles de la brigade de recherche ou de la MACA, selon les humeurs du procureur de la République, broient du noir. Incursion dans certaines rédactions triées sur le volet de la presse privée en Côte d’Ivoire, au-delà du folklore.

Nord-Sud Quotidien, fermé…

« Depuis le 31 janvier, les travailleurs de Nord-Sud Quotidien ont été licenciés. L’entreprise a fermé ses portes pour être liquidée, selon ses responsables. Depuis, le processus de liquidation n’a jamais été entamé. Pis, le sieur Méité Sindou souhaite rouvrir un nouveau journal sur les ruines du défunt. (…) Celui qui est vu comme le compagnon du « Leader GKS » , ne fait que forcer les choses. Adepte de la politique politicienne, il est prêt à accepter toutes les humiliations, juste pour avoir l’illusion d’être une personne influente auprès du PAN. Son forcing depuis sa débâcle du Secrétariat au renforcement des capacités ne porte plus ses fruits. L’homme qui s’est fait maître dans l’art de la roublardise peine à approcher son « Patron » . Et comme une malédiction, il a sacrifié son seul instrument d’influence, à cause de la gourmandise. Méité Sindou se dit qu’on ne saurait s’attaquer à lui sans que certains esprits malins n’en profitent pour s’attaquer au PAN. C’est ainsi que par sa faute, Guillaume Soro a été insulté, calomnié. Après avoir fermé Nord-Sud sans même payer de salaire aux travailleurs, il s’est mis à menacer le délégué des employés dans le but de ternir l’image du PAN et avoir la sympathie de ce dernier. «Aujourd’hui, nous lui disons que dans la dignité, nous avons résisté sans qu’un seul instant l’image du PAN ne soit écorché. Il faut que l’opinion comprenne, une fois pour toute, que le sieur Méité Sindou ne prêche que pour son ventre et que Guillaume Soro n’est aucunement comptable de ses agissements ». Ecrit Sanou Amadou, journaliste à Nord Sud Quotidien, le 1er Mai 2018.

Fondé en mai 2005, le titre se montre assez critique à l’égard du régime de Laurent Gbagbo. Désormais proche d’Alassane Ouattara, Nord-Sud est connu pour être un journal qui bénéficie de financement occulte de Soro Guillaume via son fondateur Méité Sindou. Mais les journalistes traînaient des arrières de salaires avant la fermeture officielle du journal en Janvier 2018.

Le Jour Plus

Avoir un salaire à « Le jour plus » relève du miracle. Les travailleurs, souvent, passent plus de 6 mois, sans salaire. Ils se paient sur le terrain, comme il se dit dans le jargon. En clair, ils vivent grâce aux per-diem et autres grimaces dont ils sont les seuls à avoir le secret. Pour bénéficier des fonds de l’Etat (FSDP), les bulletins fantoches et voire fantaisistes sont présentés sans que les journalistes ne sachent de quoi il s’agit. Les travailleurs (Journalistes) sont payés de la main à la main par une secrétaire qui fait signer des fiches à la main qu’elle garde par devers elle. Ce sont des per-diem, pourrait-on dire. Les salaires des journalistes dits professionnels varient entre 60 et 70 milles, et ce, au prix de milles et une négociation. Aucun journaliste n’est déclaré pour une quelconque couverture sociale. Pas de contrat de travail non plus. Pourtant le journal bénéfice du fonds d’aide à la presse, précisément de 48 millions F CFA chaque année sur présentation de documents exigés par le Fonds de soutien et de développement de la presse (FSDP). Les contrôles du Conseil national de la presse (CNP), ne révèlent pourtant rien de cette forfaiture de ce patron de presse. Mais à cette subvention officielle, les services de la Primature ne cessent de gratifier le promoteur de ce journal pour son rôle de laudateurs auprès de Amadou Gon.

L’éléphant déchaîné

« Journaliste d’investigation. Abidjan – Côte d’Ivoire. Je suis Antoine Assalé Tiémoko, journaliste d’investigations, fondateur et directeur général du bihebdomadaire satirique ivoirien, « L’ELEPHANT DECHAINE ». Je travaille essentiellement sur les questions touchant à la gouvernance publique en Côte d’Ivoire, sur les rapports entre les dirigeants et les responsables de grandes entreprises privées nationales ou internationales (passation des marchés publics), le comportement des dirigeants nationaux hors du pays, le fonctionnement des institutions de la République, la défense des droits des citoyens ayant maille à partir avec plus puissants qu’eux… ». Voilà tel que présenté le journal et son fondateur sur www.mediapart.fr.

Ce journal fondé sur le modèle du Canard enchaîné et qui évolue vers le modèle économique de Mediapart alliant investigation et satire semble confirmer le dicton populaire : «Faites ce que je dis mais ne faites pas ce que je fais». En clair le journal qui se présente comme le chantre de la bonne gouvernance et qui révèle les gros scandales semble être lui-même un scandale. Les journalistes, sont payés, conformément à un accord négocié entre eux et le premier responsable. Et ce, afin de feinter l’application de la convention collective et de se soustraire des sanctions du CNP ; pourtant, ils ne touchent pas la totalité de l’accord négocié. Certains s’en sortent avec 30 000 FCFA par mois et d’autres 150 000 F CFA au maximum (quelques rares fois). La moyenne, pourrait-on dire, des salaires, est de 70 000 FCFA. Aucune couverture sociale! Pas d’assurance. Pour ce qui est de la cotisation CNPS, l’entreprise éditrice, Sociétés des nouvelles Editions de Cote d’Ivoire (SNECI) traîne des arriérés et attend toujours la veille de l’octroi de la subvention de l’Etat pour avoir un moratoire moyennant paiement d’une partie de ses charges vis-à-vis de la CNPS. Les employés sont payés de la main à la main et se voient délivrés des bulletins de salaires sur lesquels sont inscrits des montants dont ils n’ont même pas la moitié.

L’intelligent d’Abidjan (Alafé Wakili), Le Nouveau Courrier, Le Quotidien d’Abidjan… (Proche de Stéphane Kipré et géré par Alan Aliali)

Pour les salaires, passez demain! Il n’en existe pas… Vive le per-diem et autres papiers commandés et recommandés, les gombos pour que tombent les unités.

Le Mandat, un cas d’exception

Si le quotidien Le Mandat n’a pas eu mandat pour donner la bonne voie à suivre, il se débrouille comme il le peut pour respecter ses engagements. En dépit de son faible taux de pénétration sur le marché, le Patron de ce journal, Dibi Attoungbré, lui, se préoccupe de ses employés. Ce n’est la perfection, mais il s’engage à respecter le minimum qu’il promet à ses employés. Les journalistes voient régulièrement des chiffres sur leurs comptes bancaires. Les comptes sont vérifiables auprès de la Banque of Africa.

Gbich, Go mediaAllo PoliceGo Magazine…, Zohoré Lassane un manager hors pair…

Zohoré Lassane (Gbich Editions, Go Media, éditeurs de Gbich, Allo Police, Go Magazine) se démarque des patrons esclavagistes. Le management de son entreprise fait de lui le meilleur des patrons de journaux presque chaque année, avec le prix CNP qu’il décroche. Les employés jusqu’à preuve du contraire sont logés à la bonne enseigne dans le paysage de la presse privée en Côte d’Ivoire. Tout comme Le Nouveau Réveil de Denis Kah Zion qui ne badine pas avec ses engagements vis-à-vis de ses employés.

Notre voie et La Voie Originale, pas dans la même direction

Notre Voie est un quotidien généraliste national ivoirien de presse écrite. Fondé le 25 mars 1998, il est proche du FPI et est d’ailleurs le seul journal qui appartient socialement à un parti politique en Côte d’Ivoire. Mais il n’est pas en reste des difficultés que connaît la presse. Les journalistes tirent le diable par la queue. Ils traînent de nombreux mois d’arrièrés de salaire.

La Voie Originale « C’est le nom du journal dont vous tenez le premier numéro, ce jour, entre vos mains. Vous en ferez désormais, nous en sommes convaincu, votre nouveau quotidien. Car, pour acheter ce journal à 300 FCFA (0,45 euros), vous avez dû trouer le fond de votre poche déjà vidée par un niveau de pauvreté jamais égalé dans notre pays qu’on dit aux mains de prétendus experts en économie. Ce geste pénible de votre part fortifie l’équipe de La Voie Originale qui entreprend la même mission que celle du quotidien Le Monde, à sa création. » Dixit César Etou dans le numéro 001 du 07 septembre 2016. Mais depuis lors, les salaires ne sont pas tout à fait originaux.

La suite, dans nos prochaines publications !

 

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